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Éric LEDUC : Université d'Ottawa
L'un des défis par excellence de l'empirisme, et de surcroît d'un empirisme qui se veut matérialiste tel que celui de Diderot, est de rendre compte des jugements nécessaires que l'on retrouve en mathématique. Cette communication aura pour objectif de faire l'esquisse d'une théorie matérialiste du jugement capable d'éclairer une distinction difficile à éviter et fort problématique dans l'histoire de la philosophie entre deux ordres de jugements : ceux considérés nécessaires et ceux considérés contingents. Pour ce faire, nous utiliserons quatre textes phares de la philosophie de Diderot : La lettre sur les aveugles, La lettre sur les sourds et muets, l'Entretien entre d'Alembert et Diderot et les Éléments de physiologie. Au terme de ce parcours qui nous mènera de la sensibilité à l'abstraction en passant par la mémoire et « l'analogie-métaphore » du clavecin-philosophe, nous espérons pouvoir apporter une meilleure compréhension de cette question à l'intérieur du cadre matérialiste de la pensée de Diderot.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.