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Sarah Arnaud : UQAM - Université du Québec à Montréal
Hobson (1993) et Benn (1999) ont suggéré que les personnes autistes devraient être exclues de la vie morale. Nous montrerons que quel que soit le modèle de la moralité adopté elles peuvent être des agents moraux. Nous aborderons trois approches. Dans une approche rationaliste de la moralité, un jugement moral est atteint par le raisonnement (Colby & Kohlberg 1987 ; Krebs & Denton 2005). La moralité appartient au domaine normatif (Wallace 1999) et est objective. Dans ce cas, les personnes autistes peuvent être considérées comme des agents moraux étant donné leurs capacités d'apprentissage complexe et d'application des règles morales (Vignemont & Frith 2007). Selon le modèle intuitionniste social, le jugement moral résulte d'une évaluation automatique de la situation par des intuitions contextuelles (Haidt 2001), ce qui est difficile pour les personnes autistes(Grandin 1995). Mais la moralité est une construction sociale qui dépend des valeurs d'une culture(Gibbs 2013). La reconnaissance sociale des personnes autistes permettrait leur intégration dans la vie morale (Barnbaum 2008). Ainsi, en principe, les personnes autistes peuvent être des agents moraux. Avec une approche intermédiaire, les jugements moraux dépendent d'une interactionentre les processusintuitifsetceux délibérés(Fine & Kennett 2009). S'il existe des particularités du jugement moral chez les personnes autistes, l'utilisation de stratégies compensatoires confirme leur statut d'agent moral(Kennett 2002).
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.