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Florence Troin : Centre national de la recherche scientifique
Une lecture géographique de ce roman policier réaliste, dont le véritable héros est Marseille, invite à cartographier le récit des itinéraires du détective et sa description de la ville, marqués par une accumulation de toponymes. Au-delà des problèmes que pose la traduction d'une écriture textuelle en carte, une question centrale nous semble celle du traitement d'informations spatiales dispersées dans le récit auxquelles on surimpose une logique géographique par la carte. En effet, en figurant sur une carte les lieux cités dans le récit, on établit entre ces lieux des relations, de contiguïté ou de connectivité, qui ne sont pas nécessairement dans l'ordre de la fiction. Si l'on veut figurer, non plus le simple déplacement, mais la signification géographique des parcours et des préférences spatiales du citadin fictionnel (sa grammaire topologique rencontre-t-elle la grammaire topographique de la ville, ses parcours manifestent-ils une compréhension de l'espace urbain ?), les ressources de la cartographie chorématique nous semblent efficaces. Bien plus problématique est la représentation cartographique des modalités du parcours et des ambiances urbaines. On proposera des pistes, qui relèvent sans doute du « bricolage », pour traduire graphiquement la géographie sensible et affective du Marseille de J-C. Izzo (une ville en couleurs, en odeurs et en musique).
Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.
L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.
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