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Bénédicte DUVIN PARMENTIER : Université Toulouse-Jean-Jaurès
Partant de l'hypothèse que le texte de l'album à typographie expressive, de par sa matérialité hybride induit des stratégies de lecture particulière, nous avons proposé à des enseignants d'école primaire un dispositif destiné à analyser les effets mesurables des choix typographiques sur la compréhension littéraire des élèves de 7 à 10 ans. A l'aide d'exemples précis, nous avons montré que les jeunes lecteurs, en adoptant spontanément une posture de contemplateur, observent, dans une approche empathique et avant même de le lire, le texte appréhendé alors comme point d'articulation entre la linguistique et la sémantique visuelle. Ensuite ils sont amenés à réévaluer leurs stratégies de lecture en regardant la page dans sa globalité comme espace à conquérir et en considérant la matérialité du texte, non comme simple auxiliaire du sens, mais comme objet poétique transcendant le signifié. Cette approche nouvelle les conduit à enrichir leur compréhension des textes et à en produire à leur tour en usant de façon programmatique de tous les effets typographiques (tant sur la plan macro-typographique, comme la disposition significative du texte sur le support, que micro-typographique, comme les variations de polices). Adoptant ainsi l'écriture « iconotextuelle » propre à l'album, ils sont capables d'interroger les marques scripturales des textes tout en enrichissant leurs propres écrits (en particulier chez ceux qui rencontrent le plus de difficulté avec le décodage).
Lire est un acte complexe qui met en jeu culture et activité cognitive, et sollicite un ensemble d’habiletés : établir des liens, émettre des hypothèses, anticiper, etc. (Rouxel, 2002; Simard, Dufays, Dolz et Garcia-Debanc, 2010). Pour amener les élèves à développer ces habiletés, l’album jeunesse se révèle un support des plus appropriés, notamment en raison de sa double narration et du rapport texte/image qui en découle. En effet, le sens de l’album n’émerge ni strictement du texte, ni seulement des images, mais de leur rapport réciproque au sein de la double page et à l’échelle du livre (Poslaniec, Houyel et Lagarde, 2005; Van der Linden, 2007). Quelles sont les avancées de la recherche en didactique de la lecture en ce qui concerne l’utilisation de l’album jeunesse en salle de classe, du préscolaire au secondaire?
Voici quelques questions qui seront traitées dans le cadre de ce colloque et qui s’articulent autour des trois pôles du triangle didactique. Axe 1 (pôle objet) : Quelles sont les spécificités de l’album jeunesse et quels sont ses avantages pour le développement des habiletés en lecture? Quelles sont les caractéristiques des albums les plus favorables au développement de ces habiletés? En quoi la lecture de l’image peut-elle contribuer au développement de ces habiletés? Axe 2 (pôle enseignant) : Quelle posture adopter pour favoriser chez les élèves la coconstruction du sens de l’œuvre? Quels dispositifs et quelles formes d’étayage privilégier? Quelle formation envisager pour amener les enseignants à adopter cette posture? Axe 3 (pôle élève) : Quel est l’impact de l’utilisation de l’album jeunesse sur les habiletés de lecture des élèves, mais également sur leur développement langagier et leurs connaissances culturelles? Quelle progression est-il possible d’envisager en ce qui concerne ces différents aspects (du préscolaire au secondaire)? Qu’en est-il des élèves à risque, des élèves issus de milieux défavorisés et des élèves allophones?