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Geneviève Boyer : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Par ses réflexions, Locke pousse le questionnement sur l'individu de plus en plus loin. Il nous offre une nouvelle définition de la subjectivité. Contrairement à ses prédécesseurs, celui-ci ne parlera point de principe d'individuation, mais plutôt d'identité personnelle. Locke tente de résoudre la dualité âme/corps qui perdure à son époque depuis plusieurs siècles. L'homme ne se définit plus dans son être singulier comme un corps ou comme un esprit. Avec notre philosophe empiriste, celui-ci se définit dorénavant comme un être conscient. Si nous demeurons identiques à nous-mêmes tout au long de notre existence, c'est-à-dire si nous possédons une identité qui nous est propre, c'est parce que nous sommes des êtres conscients de nos actions passées et présentes. Lorsque nous parlons d'une personne, selon Locke, nous ne parlons plus uniquement de continuité temporelle, mais également de continuité psychologique. Nous ne sommes pas seulement des êtres qui possèdent chacun une histoire particulière, mais également des êtres conscient à chaque instant, de la particularité de cette histoire. Nous verrons donc, au cours de cet exposé, en quoi consiste la conscience telle que conçue par Locke et quelles sont les implications qu'une telle conception peut entraîner pour la problématique de l'individuation.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.