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Philippe Chaubet : UQAM - Université du Québec à Montréal
La pertinence sociale de former des praticiens réflexifs se heurte au défi de prouver que les professionnels réfléchissent sur leur pratique. Sumsion et Fleet (1996) pointent des limites méthodologiques : les valeurs des chercheurs. Le même problème axiologique/méthodologique plombe les formations « réflexives » : qui fixe la mesure étalon, selon quels légitimité, paradigme, finalité (Chaubet, 2012)? Bref, pour capter des traces de réflexion d'autrui indépendantes de ses propres valeurs, le chercheur doit innover. La méthodologie élaborée profite du fait qu'un individu interpellé par un phénomène conduit souvent une enquête à son sujet (Dewey, 1938/2008). Car l'investigation peut transformer sa pensée et son agir. Une matrice à six cases est donc testée sur le discours des (futurs) professionnels pour documenter ces modifications. Dès qu'une case se remplit, il faut distinguer entre un accident isolé et la pointe à explorer d'un iceberg de réflexion. Un travail inductif d'écoute phénoménologique se développe alors : que contiennent ces points de bascule dans la pensée et l'agir, quel sens les acteurs y accordent-ils, à quels types d'occasions naissent-ils? Le filtre axiologique ainsi levé, le chercheur n'a plus à juger la réflexion (grande, moyenne, petite). Cette méthode repensée de captation de réflexion l'aide sans doute à comprendre « pourquoi et comment il voit ce qu'il voit », un des mystères de la production empirique des données en qualitatif (Soulet, 2010, p. 14).
De récents articles (Taylor, Coffey, 2009; Pain, 2009; Travers, 2009; Wiles, Crow et Pain, 2011) présentent des analyses de pratiques de recherche qui s’affichent innovantes et mettent en lumière une problématique intéressante à explorer. Travers (2009) estime que ce qui est présenté comme une innovation par les chercheurs est de fait une adaptation ou un raffinement de méthodes classiques. Wiles, Crow et Pain (2011) soutiennent que les innovations analysées ne montrent pas de réels changements de paradigme dans le champ de la recherche qualitative, mais qu’elles correspondent surtout à des développements technologiques ou constituent des adaptations de méthodes traditionnelles.
La question de l’innovation en méthodologie pourra être abordée sous deux angles. D’une part, on ne peut nier que les efforts soutenus des chercheurs en recherche qualitative ont permis l’émergence d’un ensemble de pratiques de recherche tout à fait innovantes. Parmi ces pratiques, peut-on cerner de grandes innovations en recherche qualitative? Quelles sont-elles et comment ont-elles modifié notre regard sur le processus même de recherche? La recherche qualitative serait-elle, en elle-même, une innovation?
Par ailleurs, sur le plan théorique, comment, en recherche qualitative, définir l’innovation? En quoi une innovation se distingue-t-elle d’une adaptation ou d’un transfert? Quelles sont les conditions nécessaires, indispensables ou essentielles pour qualifier un dispositif d’innovation? Sur le plan pratique, dans les recherches actuelles, quels sont les motifs qui les justifient et à quel niveau les situer (méthode, éthique, instrumentation, analyse, etc.)? À quelles exigences répondent-ils qui ne puissent être remplies par les dispositifs existants? Quelles conséquences découlent des nouvelles conditions d’emploi du dispositif?
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