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Marc Rowley : Université Concordia
Le volume des messages contenus dans les réseaux socionumériques empêche une lecture détaillée de leur contenu global : s'il y a un sens à Twitter, par exemple, il serait caché sous un véritable déluge d'informations, lesquelles paraissent en outre souvent éclatées, incohérentes. Aux paroles et aux histoires rapportées en apparente sincérité s'opposent en effet des contradictions volontaires, des incohérences voulues et des fictions ouvertement fantaisistes : comprendre la signification des contacts entre ces discours hétérogènes devient dès lors une tâche quasiment impossible. Cependant, ce type de polyphonie n'est pas unique aux communications en ligne : on en retrouve de nombreux exemples dans la littérature des XIXe et XXe siècles, surtout dans le roman. Comme l'observait Mikhaïl Bakhtine : « c'est précisément la diversité des langages, et non l'unité d'un langage commun normatif, qui apparaît comme la base du style » romanesque. À partir de cette observation, on considérera, dans le cadre de cette communication, quelques-uns de ces « langages », et les perspectives diverses sur le monde que ceux-ci permettent. On observera par ailleurs la manière dont ils interagissent, afin de voir en eux « une réfraction (des) intentions sémantiques et expressives » non pas d'un simple auteur, comme le supposait Bakhtine, mais d'un éventuel système sémiotique global dont ces auteurs multivalents feraient partie et que leurs interactions numériques contribueraient à mettre en place.
Ce colloque a pour visée de réfléchir aux résonances croisées entre littérature et phénomènes médiatiques, tout particulièrement dans le contexte contemporain. En effet, si la littérature a, de tout temps, incorporé des éléments qui lui étaient extérieurs ou étrangers (discours sociaux, description d’images, évocation de sons ou de musiques), la tendance paraît s’exacerber en une société postmoderne où priment les moyens de communication électroniques (vidéo, courriel, médias sociaux). De même, si les nouvelles formes médiatiques qui se mettent en place (hypertexte, Web 2.0 et 3.0) ouvrent à des potentialités d’expression inédites, elles n’en reposent pas moins souvent – ne serait-ce qu’en partie – sur un contenu textuel dont elles s’approprient, parfois inconsciemment, les propriétés formelles (rhétorique, narrativité). Bien que de tels mécanismes de partage et de transfert aient déjà fait l’objet d’études individuelles, on n’a, à notre connaissance, guère tenté de penser leur interaction dynamique ou leur réciprocité. Le défi – et l’originalité – de la présente rencontre sera donc de combiner ces deux approches pour essayer de saisir les « résonances médiatiques » à la fois dans la perspective de la création littéraire et dans celle de l’invention de nouveaux médias. Le cadre théorique privilégié sera celui offert par la sociocritique (interdiscursivité, imaginaire social), la sémiotique (figuration, iconicité, imaginaire) et l’intermédialité (immersion, virtualité), sans pour autant exclure l’apport d’autres démarches ou disciplines. Les participants sollicités viendront des études littéraires, mais aussi des études cinématographiques ou télévisuelles, de l’histoire de l’art, des communications ou des « game studies ».
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