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Camille Parrain : La Rochelle Université
L'océan est un objet au caractère mouvant, dynamique et multidimensionnel. Les repères y semblent peu saisissables du fait de l'immensité marine. Pourtant, certains usagers arrivent à identifier des zones caractéristiques en pleine mer. Dans les faits, ces zones peuvent être étudiées notamment à travers l'exercice de la définition du paysage en mer. Cette analyse mobilise des données objectives et subjectives et implique deux axes de travail équivalents à deux niveaux de lecture; (1) une combinaison de données concrètes d'océanographie, de météorologie, de bathymétrie et d'écologie et (2) une démarche socio-culturelle et cognitive par le biais des représentations mentales et des sensibilités. Ce dernier point intègre les perceptions et représentions des usagers grâce a l'analyse de récits; les récits de la littérature mais aussi les discours (eg :enquêtes, interview radio de course au large réalisé en direct). Se pose alors le problème de la cartographie de multiples données (ponctuelle ou aérale) aux temporalités variées ou non mentionnées. Ainsi, la localisation des représentations et la cartographie synthétique des systèmes de représentation complémentées par les couches de données objectives constituent un défi scientifique. Ces points seront illustrés par trois exemples menés lors d'études au sein de l'océan Atlantique, de l'océan Pacifique et à une autre échelle, celle des Pertuis Charentais, du parc marin d'Iroise et de Gizo, une ile de l'archipel des Iles Salomon.
Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.
L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.
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