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Gilles ERNST : Université de Lorraine
Après un bref historique du personnage (par exemple, Une mort très douce, Simone de Beauvoir ; Le Roi se meurt, Ionesco ; L'Écume des jours, Boris Vian), et avec un corpus de quelque douze romans de type « compassionnel », notamment La Maladie, Alberto Barrera Tyszka, L'Éclipse, Serge Rezvani, Je ne suis pas sortie de ma nuit, Annie Ernaux, Le Premier Oublié, Cyril Massaroto, En souvenir d'André, Martin Winckler, ou – beau titre ! – L'homme, la jeune fille et la mort, Cyriele Flore, on analysera d'abord la pathologie décrite (souvent le cancer et la démence sénile de type Alzheimer, devenus, pour des causes connues, maladies-reines de notre temps). On abordera ensuite, le statut du locuteur défini à la fois par son rang auprès du patient (ami, conjoint, enfant, praticien) et par le type d'émotion ressentie, qui est fonction de son rang. Enfin, on présentera la transposition qu'opère le fait d'écrire. Cette transposition, fait majeur de ce type de récit, répond à quatre besoins : simple témoignage (rare) ; catharsis (fréquente) ; déculpabilisation (presque toujours) ; nécessité de faire mémoire. Elle est une question de style cherchant moins à informer (le traité médical est là pour cela) qu'à produire un effet sur le lecteur. Elle met donc un jeu une stratégie complexe qui, oscillant entre réalisme et lyrisme, choisit par exemple ses processus descriptifs et son système de métaphorisation. On indiquera en conclusion la place de ce type d'œuvre dans la littérature thanatique.
Les enjeux entourant le deuil et la mort se sont complexifiés dans le contexte québécois contemporain avec les polémiques éthiques entourant la fin de la vie, la contribution indispensable mais trop souvent méconnue des proches aidants et la diversification des populations immigrantes souvent confrontées à des deuils non seulement locaux mais transnationaux. Dans ces nouvelles configurations, les proches aidants sont confrontés à des décisions complexes entourant la fin de la vie qui peuvent affecter leur bien-être psychologique et la qualité des relations familiales. Lorsque les proches aidants sont appelés à joindre leurs efforts à ceux des intervenants professionnels, comment faire en sorte que la dynamique qui s’installe au chevet du mourant ait pour effet non pas de disqualifier leurs pratiques d’accompagnement, mais d’enrichir les stratégies d’intervention qui sont accessibles dans le réseau de la santé? Des tensions peuvent survenir, avec des répercussions sur la santé mentale et les relations familiales et parentales. C’est notamment le cas en contexte d’immigration, alors que les proches aidants ont non seulement à gérer le rapport aux malades et aux mourants dans le contexte local, mais aussi à assurer un soutien à des individus et des réseaux familiaux situés dans d’autres pays, une situation transnationale souvent problématique à cause des conditions économiques et politiques, ce qui demande de grandes capacités de résilience. Ce colloque a pour objectif d’explorer ces dimensions à partir de réflexions théoriques et de la présentation de résultats empiriques dans ce domaine en analysant non seulement la situation des proches aidants, mais l’articulation entre leurs stratégies décisionnelles et leurs pratiques et celles des intervenants professionnels.