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Stéphane Gomis : Université Clermont Auvergne
Au moment où la communauté scientifique s'interroge sur les récents développements technologiques en matière de cartographie littéraire, il semble utile de mettre en lumière les conceptions du passé. Œuvre atypique, les Commentaires sur la Guerre des Gaules, est le récit par le proconsul de ses conquêtes. Ce journal de campagne recèle de réelles qualités littéraires. C'est au cours de la Renaissance, en 1560, que Gabriel Simeoni propose une carte de la bataille de Gergovie, victoire des peuples gaulois sur les légions romaines en 52 av. J.-C. Celle-ci est en prise directe avec le récit de César. En proposant la mise en carte d'une narration G. Simeoni se révèle ainsi précurseur. Les moyens techniques mis à la disposition du chercheur permettent aujourd'hui de livrer une étude précise de ce bel objet. En effet, une opération de numérisation et de mise en ligne des ressources cartographiques locales permet désormais de l'ausculter dans ses détails les plus confidentiels. La Limania d'Overnia constitue à la fois un témoignage de la conception cartographique d'une époque et une tentative de traduction dans l'espace d'un récit littéraire. Notre communication se propose de montrer de quelles façons le support numérique modifie le regard du chercheur. Nous nous intéresserons d'une part, aux éléments informatifs que livre ce document ; d'autre part, notre interrogation portera sur ce que révèle le regard de l'auteur sur son environnement, sa perception de l'espace.
Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.
L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.
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