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Sylvie Gendron : Université de Montréal
Produire du sens en cours d'analyse qualitative invoque la stimulation d'activités cognitives interprétatives et créatives. La modélisation systémique est un dispositif favorisant le croisement d'idées apparemment disjointes, source potentielle de pensée innovante. Par voie de formes graphiques, de compositions de symboles, d'images ou de figurations diverses, incluant ou non du texte (Adam, 1999), il s'agit d'un « acte d'élaboration, d'invention et de construction intentionnelle de modèles susceptibles de rendre intelligible un phénomène complexe et d'amplifier le raisonnement » (Le Moigne, 1990). Sorte de pré-texte à l'élaboration de sens, le recours à la modélisation en cours d'analyse qualitative permet non seulement d'échafauder des liens auparavant invisibles, elle favorise également l'émergence d'un espace de dialogue entre modélisateurs-concepteurs et permet de projeter des interventions délibérées au sein des phénomènes modélisés afin d'en raisonner ou d'en anticiper des conséquences possibles. Ce faisant, la mise à l'épreuve des interprétations en développement procure des opportunités pour (co)réfléchir l'action. Pour les disciplines préoccupées par la pratique ou l'intervention, nous proposons que cet outil méthodologique favorise l'innovation à travers la mise en réseau d'idées, de savoirs et d'acteurs. Des exemples tirés de recherche en sciences infirmières et en évaluation de programme en santé publique seront abordés pour illustrer (modéliser!) notre propos.
De récents articles (Taylor, Coffey, 2009; Pain, 2009; Travers, 2009; Wiles, Crow et Pain, 2011) présentent des analyses de pratiques de recherche qui s’affichent innovantes et mettent en lumière une problématique intéressante à explorer. Travers (2009) estime que ce qui est présenté comme une innovation par les chercheurs est de fait une adaptation ou un raffinement de méthodes classiques. Wiles, Crow et Pain (2011) soutiennent que les innovations analysées ne montrent pas de réels changements de paradigme dans le champ de la recherche qualitative, mais qu’elles correspondent surtout à des développements technologiques ou constituent des adaptations de méthodes traditionnelles.
La question de l’innovation en méthodologie pourra être abordée sous deux angles. D’une part, on ne peut nier que les efforts soutenus des chercheurs en recherche qualitative ont permis l’émergence d’un ensemble de pratiques de recherche tout à fait innovantes. Parmi ces pratiques, peut-on cerner de grandes innovations en recherche qualitative? Quelles sont-elles et comment ont-elles modifié notre regard sur le processus même de recherche? La recherche qualitative serait-elle, en elle-même, une innovation?
Par ailleurs, sur le plan théorique, comment, en recherche qualitative, définir l’innovation? En quoi une innovation se distingue-t-elle d’une adaptation ou d’un transfert? Quelles sont les conditions nécessaires, indispensables ou essentielles pour qualifier un dispositif d’innovation? Sur le plan pratique, dans les recherches actuelles, quels sont les motifs qui les justifient et à quel niveau les situer (méthode, éthique, instrumentation, analyse, etc.)? À quelles exigences répondent-ils qui ne puissent être remplies par les dispositifs existants? Quelles conséquences découlent des nouvelles conditions d’emploi du dispositif?