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Pierre-Olivier Méthot : Université Laval
Depuis les années 1970, la philosophie de la biologie et la philosophie de la médecine ont suivi des voies parallèles qui n'ont que très récemment convergé. L'un des buts de cette communication sera d'encourager l'émergence d'une philosophie plus inclusive des sciences de la vie en examinant d'un point de vue épistémologique l'histoire récente du concept de pathogène. Un pathogène est généralement considéré comme un agent infectieux responsable du développement d'une maladie chez un organisme hôte. La question qui se pose est alors la suivante : qu'est-ce qui fait qu'un microorganisme est un pathogène plutôt qu'un commensal ou un symbiote ? Existe-t-il des fonctions ou des structures qui seraient propres aux pathogènes ? Nous montrerons que des avancées importantes dans le domaine de la génomique, de la microbiologie, de l'immunologie et de l'écologie ont récemment fait émerger une nouvelle conception des associations biologiques qui remet en question le paradigme de la métaphore guerrière. Ces travaux soulignent non seulement qu'une approche binaire (pathogène versus non-pathogène) est désormais une abstraction théorique intenable, mais démontrent que, si l'on veut comprendre la nature processuelle des associations biologiques, tant du point de vue de la santé que de la maladie, il faut nous intéresser à la réponse physiologique de l'hôte de même qu'aux dynamiques évolutives et écologiques sous-jacentes.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
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