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Desmons Ophelie
Le constructivisme moral se constitue comme une troisième voie permettant d'éviter les écueils respectifs d'un cognitivisme réaliste d'un non-cognitivisme anti-réaliste. La procédure constructiviste doit nous permettre d'assumer que les principes moraux sont le résultat d'une construction tout en continuant à soutenir qu'ils sont dotés d'une forme d'objectivité. Je souhaite défendre cette option constructiviste en m'appuyant, notamment, sur la formulation qu'en propose Aaron James. Je chercherai néanmoins à préciser cette formulation du constructivisme en insistant sur le fait qu'un certain nombre d'arguments nous imposent de renoncer à ce qu'on pourrait appeler un « constructivisme intégral » (Korsgaard, 2003). Nous devons reconnaître que seul un « constructivisme restreint » est possible au sens où tout, dans le constructivisme, n'est pas construit. Les valeurs de départ sont simplement reconnues. Le problème est dès lors celui de la justification de ces points de départ. Pour tenter de répondre à ce problème, j'explorerai l'idée selon laquelle le constructivisme doit être articulé à une perspective herméneutique : seule une interprétation de notre contexte nous fournit les idées fondamentales sur lesquelles la procédure constructiviste peut se fonder.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.