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Vincent Bullich : Université Sorbonne Paris Nord
Face à un environnement économique en pleine mutation, Youtube, héraut du Web collaboratif, de la production de contenus réalisée par des usagers, est en train de modifier en partie sa stratégie. Si le site continue de proposer une multitude de vidéos réalisées hors de toutes considérations commerciales, la firme cherche désormais à maximiser la valorisation des productions en amateur les plus plébiscitées. Pour ce faire, elle a mis en place une régulation spécifique qui résulte de la conjonction de trois moyens : la mise en visibilité et l'application de normes socio-esthétiques (produites en interne mais également par des internautes), le design et l'architecture technique du site, des discours d'accompagnement censément performatifs. Il s'agit ainsi de favoriser la professionnalisation d'amateurs « prometteurs » et donc la marchandisation de leurs contenus.
La créativité est souvent associée à l’idée d’œuvre artistique, d’imagination, d’inventivité, de talent et de virtuosité propre au secteur culturel. Mais qu’est-ce qu’être créatif au travail, au bureau, dans l’« open space », dans l’atelier ou devant sa caisse de supermarché? En quoi les TIC renouvellent ce questionnement? Nous proposons d’interroger cette thématique en explorant les parallèles entre le monde du travail (l’entreprise, l’usine, l’institution publique) et le monde culturel (compagnies théâtrales, écrivains, plasticiens, associations culturelles d’amateurs) en analysant plus particulièrement le rôle joué par les TIC.
Dans le champ culturel, les grandes figures de créateurs sont des peintres, sculpteurs, acteurs, danseurs, créateurs de mode, etc. L’artiste est également celui qui se joue des frontières et recombine les supports; les technologies numériques le permettent mais exigent de nouvelles compétences (plasticien-vidéaste, conception de jeux vidéo, etc.). Comment s’articulent savoir-faire technique et production artistique? Comment s’organisent les « collectifs d’artistes »? En quoi se distinguent-ils ou non des organisations du monde professionnel? En quoi ces productions collectives et polyvalentes reconfigurent-elles le métier d’artiste et la figure du créateur?
Dans le cadre de l’entreprise on évoque plutôt l’innovation, les brevets et les ateliers créatifs (« brainstorming »), des mots qui mettent l’accent sur la méthode ou le résultat. L’impératif gestionnaire impose toujours plus de règlements, normes, exigences comptables et évaluations. Comment concilier ces impératifs avec l’exigence de créativité? Peut-on créer sous contrainte? Quelle relation entre l’injonction à l’innovation, l’impératif de changement et la créativité dans les entreprises? La figure du créateur, mise en avant dans le champ culturel, peut-elle exister et être reconnue dans le monde du travail plus normatif?