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Christian Leduc : Université de Montréal
Au 18e siècle, plusieurs philosophes utilisent l'argument de Locke pour expliquer l'origine de notre représentation de l'espace, fondé sur la sensation. Locke affirme que l'idée d'espace est simple et obtenue par la vue et le toucher. Par conséquent, l'espace serait distinct du corps, lequel possède nécessairement de l'inertie et de l'impénétrabilité. Par exemple, Lambert maintient dans le Neues Organon que l'espace est perçu dans la sensation comme notion simple et intuitive. Ainsi, il est d'accord avec Locke pour dire que l'espace est donné directement dans l'expérience sensible. Dans les Réflexions sur l'espace et le temps, Euler donne toutefois une autre explication de l'origine de l'idée d'espace. Il affirme que l'espace n'est pas obtenu par la sensation, mais bien par la réflexion. Cela ne signifie pas que l'espace puisse être abstrait de l'idée du corps, comme une propriété générique est dérivée d'une propriété spécifique. Plutôt, il est produit quand nous le séparons, dans la réflexion, de toutes déterminations corporelles. Dans cette communication, je souhaite examiner le statut épistémologique de la réflexion au sein de la théorie eulérienne de l'espace. Plus précisément, je montrerai pourquoi Euler fait intervenir la faculté de réflexion pour résoudre le problème de la représentation du lieu et de l'espace.D'après lui, l'explication strictement empiriste reste insatisfaisante et doit être complétée par une doctrine qui combine la sensation à la réflexion.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.