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Charlotte Sabourin : Université McGill
La Critique de la raison pure intervient dans un contexte qualifié par son auteur tantôt de champ de bataille, tantôt d'arène. De fait, face aux conflits divisant les métaphysiciens de son temps, la raison pure doit, pour Kant, quitter les terrains du dogmatisme et du scepticisme pour procéder à une critique de son pouvoir de connaître. Afin de juger de ses droits, la mise sur pied d'un « tribunal de la raison » est nécessaire. Cette métaphore sera omniprésente dans l'œuvre, au point où elle semble constituer l'expression privilégiée d'un véritable paradigme méthodologique fondé sur le juridique. Nous examinerons plus particulièrement ici le rôle que joue ce paradigme dans l'élaboration de la déduction transcendantale des catégories de l'entendement. Cette section de l'œuvre implique en effet le recours à la déduction comme procédure juridique, laquelle est à distinguer d'une démonstration, en ce qu'elle cherche plutôt à attester de la légitimité d'une prétention qu'à établir une preuve syllogisme en bonne et due forme. Nous chercherons donc à déterminer ce qui caractérise ce recours au juridique comme procédure privilégiée et même indispensable de la raison face à son pouvoir de connaître, ceci, dans le but d'atteindre « le calme d'un état légal » (A751/B779).
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
Thème du colloque :