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Syliane MALINOWSKI-CHARLES : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
L'une des querelles les plus importantes du Moyen Age, la querelle des universaux, exprimait un problème plus ancien encore, à savoir celui d'identifier ce qui pouvait rendre compte de la singularité de tout être, son « principe d'individuation ». Or, la réponse invoquée par Thomas d'Aquin notamment était que c'était la « matière désignée » qui individualisait l'essence universelle, c'est-à-dire la rendait concrète, unique et particulière. Descartes, en affirmant à l'inverse qu' « Il n'y a qu'une même matière en tout l'univers, et [que] nous la connaissons par cela seul qu'elle est étendue » (Principes de la philosophie, II, art. 23), semblait anéantir ce qui constituait le principe d'individuation des corps singuliers et les confondre définitivement dans cette masse infinie et informe qu'il a appelée de manière significative la substance étendue. La présente communication s'intéressera à ce bouleversement qui, plaçant le principe d'identification individuelle des êtres corporels dans le simple mouvement conjoint de leurs parties, a eu pour conséquence de détruire toute différence essentielle et intrinsèque entre les corps, et elle examinera la façon dont Spinoza a tenté de concilier ce mécanisme et un dynamisme des essences individuelles.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.