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Moi comme fiction : décalage entre individuation physiologique et individualité psychologique chez Diderot

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Mitia Rioux-Beaulne : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Dans ses Observations sur Hemsterhuis, Diderot écrit : « Le moi est le résultat de la mémoire qui attache à un individu, la suite de ses sensations. Si je suis un individu, c'est moi. Si c'est un autre individu, c'est lui. » Cela fait écho à un exemple donné plus tôt où Diderot fait remarquer que le soi d'un autre diffère du moi qu'il est pour lui-même. Ces énoncés cristallisent un aspect fondamental de la philosophie matérialiste de Diderot, à savoir le fait que l'individualité psychologique (qui se forme dans la conscience que l'on a de soi, ou qu'autrui a de nous) ne peut pas correspondre à l'individu matériel que nous sommes parce que la mémoire sur laquelle elle repose est toujours en quelque sorte partielle. Mais que faire si cet individu matériel lui-même voit son existence mise en doute, du fait que, comme l'annonce le Rêve de d'Alembert, le seul individu, c'est le Tout? C'est en mettant en relation ces deux types de démarches typiques de la philosophie de Diderot que nous allons essayer de montrer comment, en définitive, on peut élaborer une théorie de l'individu qui tient compte du décalage entre l'individuation comme processus physique et de la constitution de l'individualité comme processus psychologique.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 13 mai 2014

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