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Narration séquentielle et cartographie : une imbrication créative

VV

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Vincent Veschambre : ENSA de Lyon - laboratoire RIVES UMR CNRS EVS

Résumé de la communication

S'il est un genre qui peut nous aider à penser la cartographie des récits, c'est celui de la bande dessinée. Définie par B. Peeters comme « forme complexe, capable de tresser d'une manière qui n'appartient qu'à elle le mouvement et la fixité » , la bande dessinée raconte des histoires en découpant l'espace, créant par là même sa propre spatialité. Inversement, la BD a généralement besoin d'être ancrée dans un espace pour produire un récit : la carte est un formidable embrayeur, qui permet non seulement de crédibiliser le récit, mais aussi de le nourrir. Compte tenu de ce lien privilégié de la narration séquentielle à l'espace et à sa représentation cartographique, récit et carte sont souvent imbriqués : le plus bel exemple en est sans doute la série Philémon (Fred), qui se développe sur les lettres du toponyme « Océan atlantique », la carte « créant » le monde. L'icône cartographique étant en deux dimensions alors que l'image BD simule les trois, ces deux types d'image ont tendance à entrer en conflit et la carte à être évacuée dans le paratexte. Mais quand la carte est insérée dans le récit, elle est généralement « contaminée » par le dessin. Nous nous focaliserons tout particulièrement sur cette hybridation, que l'on retrouve fréquemment chez des auteurs qui ont accompagné l'explosion créative de la BD depuis les années 1990.

Résumé du colloque

Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.

L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 13 mai 2014

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