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Maria Gravari-barbas : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Les sites du Patrimoine mondial évoluent vers une prise en compte accrue des communautés, depuis la déclaration de Christchurch en 2007. La gestion et la gouvernance des sites peuvent intégrer des habitants ou leurs représentants, et des représentants des différentes parties prenantes. La mise en tourisme elle-même s'enrichit de l'apport d'habitants, qualifiés d'ambassadeurs, de greeters, etc. Les habitants sont presque des acteurs naturels dans cette optique de la gestion du patrimoine. C'est en leur nom qu'agissent les acteurs publics.
Qu'en est-il alors des touristes sur ces sites? Ce tournant participatif concerne-t-il ces autres usagers des sites? Sont-ils concernés en tant qu'exemplaires de cette humanité qui constitue l'horizon de justification de la politique du Patrimoine mondial ? Ou leur engagement est-il motivé par d'autres motifs, plus spécifiques à tel ou tel site? Cette rupture entre un ancrage et un attachement peut être théoriquement légitimée par la notion de valeur d'existence. Il s'agit alors d'explorer de deux points de vue différents la responsabilité qu'exercent les touristes à l'égard des sites du Patrimoine mondial.
Cette communication se veut exploratoire sur cette thématique, ne s'appuie pas sur une étude de cas spécifique mais l'identification des enjeux et cohérences entre diverses expériences. C'est donc l'exploration des conditions morales de possibilité de l'engagement touristique sur les sites du patrimoine mondial qui constitue l'horizon de ce travail.
Avec près de 1000 sites, la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO s’est imposée comme incontournable, tant pour les opérateurs touristiques que pour les autorités locales qui y voient une ressource pour le développement. Mais depuis quelques années, la place des habitants est devenue centrale dans la gestion de ces sites. En effet, comment est-il possible d’attirer les touristes tout en préservant, ou améliorant, les conditions de vie des habitants? Récemment s’est développée l’idée qu’il serait nécessaire d’intégrer les habitants à la gestion des sites. Si cette approche pose encore de nombreuses interrogations, elle pose aussi la question, rarement évoquée, de l’intégration des touristes et des activités touristiques dans la gestion et la planification. Pourtant, l’influence du tourisme semble évidente quand il s’agit d’analyser l’évolution des infrastructures et des aménagements urbains dans ces quartiers, mais on peut se demander si cette influence n’est pas plus profonde qu’il n’y paraît, et dans quelle mesure les acteurs locaux n’anticipent-ils pas les attentes des touristes, ou ce qu’ils pensent être leurs attentes. Comment dans ce cas connaître ces attentes et doit-on les prendre en compte? Est-il possible de combiner les attentes et besoins du tourisme aux particularismes locaux pour éviter une uniformisation qui va à l’encontre de l’idée même du patrimoine? Par ailleurs, si dans certains sites, on propose déjà aux touristes étrangers de participer à des projets de restauration et de mise en valeur, y aurait-il lieu d’imaginer des solutions permettant une implication plus large et plus accessible à la conservation et au développement local? En d’autres termes, ce colloque propose de poser la question de la gestion participative des sites inscrits au patrimoine mondial, mais en l’abordant sous l’angle de l’influence et de la participation des touristes, et pas seulement celle des habitants.
Titre du colloque :