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Martin Gibert : Université de Montréal
Dans quelle mesure nos intuitions et nos comportements moraux sont-ils liés à notre personnalité ? Dans cette présentation en psychologie morale, je voudrais lancer des pistes de recherche sur la connexion entre la moralité et la personnalité. Comment déterminer cette connexion tout en reconnaissant l'apport du situationnisme moral? L'enquête empirique et la spéculation en fauteuil peuvent sans doute y contribuer. Un lien entre la personnalité psychologique et un comportement moral spécifique (du type : les personnes extraverties sont plus altruistes) paraît peu probable. En revanche, certains aspects plus « métacognitifs » de la personnalité comme la disposition à l'égard de la nouveauté ou le respect des normes pourraient faire du sens pour établir une typologie des « personnalités morales ». On pourrait ainsi se demander s'il existe des traits psychologiques qui détermine une personne à adopter plus facilement une attitude conséquentialiste que déontologique, par exemple. Une telle recherche soulève aussi des questions d'éthique normative. En effet, la notion de personnalité morale, tout comme celle de personnalité psychologique, pourrait être critiquée dans la mesure où elle peut avoir tendance à essentialiser les gens. Quelles précautions prendre avant de populariser une éventuelle typologie des « personnalités morales » ?
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.