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Antoine C. Dussault : Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST)
Il est courant de présenter la controverse entre les partisans de Clements et ceux de Gleason comme un débat opposant une vision des communautés écologiques comme des organismes ayant une ontologie propre et un développement téléologiquement orienté, et une approche « individualiste » concevant l'assemblage des communautés écologiques comme résultant du hasard des migrations d'espèces provenant des alentours. Ma communication vise d'abord à nuancer cette caractérisation en montrant certains points de convergence entre les positions de Clements et Gleason concernant les causes déterminant la composition des communautés. Ensuite, je tenterai une caractérisation plus nuancée du débat Clements/Gleason, en montrant que celui-ci constitue d'une part une controverse sur l'importance relative (relative significance) de la migration et de la sélection comme facteurs causaux en écologie ; et d'autre part, un débat sur la pertinence explicative et prédictive d'une notion de normalité écologique associée à une forme d'essentialisme téléologique. Je discuterai finalement des raisons ayant conduit à l'abandon de l'approche clementsienne à la faveur de l'approche gleasonnienne à partir des années 1950, en portant un intérêt particulier à l'interaction entre observations empiriques et théorie dans ce contexte.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.