Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Brian Monast : Université Laval
Dans cette communication, qui aurait pu aussi s'intituler : « Être pour le dedans, c'est être contre le dehors », nous explorerons le lien entre la dualité épistémique et un dualisme éthique. La dualité des savoirs se pense comme fondement d'une dualité de praxis. La tâche consistera à expliciter le raisonnement suivant, lequel s'appuie sur la théorie du double aspect : la vie est pour elle-même une fin (le postulat fondamental). Elle est cependant marquée par le besoin. Ne se suffisant pas à elle-même, elle se nourrit de l'altérité. L'altérité est donc pour elle moyen et sa relation à l'altérité en serait une d'adversité. La vie étant pour soi et contre l'altérité, ce qui, chez un vivant doué de conscience, se présente comme objet sera perçu comme moyen et ce qui se présente comme sujet sera pressenti comme fin. Les deux savoirs consisteraient donc, respectivement, à voir comme moyen et à voir comme fin. Par ailleurs, le vivant, étant pour soi, serait pour ce à quoi il s'identifie. Le processus d'identification, servant à identifier le même, reposerait essentiellement sur la connaissance subjective. Celle-ci, correspondant en effet à la connaissance de l'être même de la représentation, serait une connaissance de soi. Ce processus ne permettrait pourtant pas d'établir une distinction entre soi et autrui, mais fonderait au contraire un rapport identitaire à autrui. S'identifiant d'emblée à lui, nous reconnaîtrions par le fait même en lui une fin en soi.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.