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Alice Verstraeten : Université de Lyon
En Argentine, l'écriture est présente des deux côtés du gouffre de la disparition forcée. Les proches de disparus ont récupéré leurs textes : poèmes de disparus vivant, militant, rêvant. Lourds d'indignations et d'utopies, ils apparaissent comme la trace de l'existence intime des disparus et comme preuve de leur « subversion » : cette étiquette de criminalité apposée par le pouvoir est alors renversée. La « subversion » apparaît comme la créativité, bousculant l'ordre et les normes, stimulant l'imagination. Une fois la disparition forcée advenue (poussant l'horreur totalitaire à son paroxysme), aux bords de la brèche désormais ouverte dans le réel et le symbolique, les « Mères de la Place de Mai » elles aussi convoquent l'écriture. Les recoratorios en sont un exemple. Publiés dans la presse aux dates anniversaires des disparus, de leurs disparitions ou de leurs assassinats, ces textes courts, elliptiques, citent ces poèmes récupérés, citent des poèmes connus ou se lancent, eux-mêmes, dans l'exploration des mots. Nous y trouvons, en quelques lignes, les thématiques récurrentes de l'écriture de ces mères de disparus : il y est toujours question d'un anéantissement des valeurs culturelles. Les recordatorios apparaissent comme autant de formes poétiques de résistance à la pétrification face à l'horreur, résistance politique des disparus et de celle de leurs survivants, au point de confluence des subjectivités pour lutter contre l'anéantissement des différences.
Ce colloque réunira des chercheurs qui s’intéressent aux investissements sémantiques dans les représentations narratives et esthétiques des violences découlant de l’exercice du « pouvoir absolu », par référence aux deux principaux régimes totalitaires ayant vu le jour au 20e siècle : le nazisme et le communisme. Pour chaque corpus choisi, on cherchera ainsi à cerner les modalités particulières à travers lesquelles ces figures de l??’??extrême sont données à voir. Parallèlement, on pourra envisager la place et les configurations propres aux forces contestataires de ce pouvoir absolu. Notamment, les participantes et participants s??’??interrogeront sur ce paradoxe qui veut que tout principe de résistance à la violence totalitaire puisse être intimement lié à celle-ci, ne serait-ce que dans son mode d??’??action. Pour chaque objet d??’??étude circonscrit, il s??’??agira également de convoquer – en évaluant leur portée – les théories du totalitarisme qui ont vu le jour au siècle passé (cf. Hannah Arendt, Tzvetan Todorov, etc.). Une attention toute particulière sera accordée à Todorov qui, dans Le siècle des totalitarismes, propose entre autres une définition du totalitarisme en référence aux victimes confrontées à la force absolue (crainte de la liberté et participation à la mise en application de la terreur)??.
À chacune des sessions correspond un angle d??’??approche différent explorant les enjeux et les dilemmes liés à la représentation des violences totalitaires. La première, centrée sur la mémoire, se focalisera sur la représentation des rapports entre nos usages du passé et le pouvoir totalitaire. Notamment, dans quelle mesure la question de la terreur se laisse-t-elle appréhender à travers la mise en récit du passé? Sous quels modes envisage-t-on le rapport entre manipulation du passé et résistance mémorielle? La deuxième session portera plus particulièrement sur le dispositif esthétique comme principe d??’??exploration de la violence totalitaire. Plusieurs médiums seront abordés dans les communications et feront l??’??objet d??’??une discussion : l??’??architecture, la photographie, la musique et la bande dessinée – afin de comprendre comment ils structurent la question du totalitarisme et quels enjeux ils soulèvent. Quant à la troisième session, elle sera axée sur les rapports entre langage et despotisme. On se demandera ainsi ce que les corpus disent des « pouvoirs de la parole », entre instrument au service d??’??une idéologie extrême et principe de contestation. Enfin, la dernière session portera sur des enjeux plus modernes. Ainsi, comment les récits se saisissent-ils du problème posé par la pensée totalitaire quand elle concerne des événements actuels ou à venir?
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