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David Desrosiers : UQAM - Université du Québec à Montréal
Construit en 1937 dans les environs de Weimar, Buchenwald fut le plus important camp de concentration situé sur le territoire du Reich. Si le régime hitlérien pouvait assassiner en masse à Buchenwald et célébrer simultanément la mémoire de Goethe et de Schiller à Weimar, c'est que la culture et la barbarie ne sont pas forcément en contradiction pour les régimes totalitaires. Des témoignages sur Buchenwald montrent que les détenus ont tenté de conserver leurs facultés mentales grâces à des activités intellectuelles et artistiques, parfois même en rapport avec le classicisme de Weimar. Cette participation des bourreaux et des victimes à l'univers de la culture, riche en paradoxes, se trouve au cœur de l'œuvre et de la pensée de Jorge Semprun, lui-même rescapé de Buchenwald.
Du Grand voyage (1963) aux Exercices de survie (2012), l'écriture de Semprun sur la déportation vise à interroger le passé en fonction des questions posées par le présent et à éclairer le présent au moyen des leçons que nous pouvons tirer du passé. Elle répond ainsi à l'idéal de la mémoire exemplaire défini par Todorov, à savoir la construction d'un récit véridique, basé sur des faits réels. Bien que produite et assumée par un individu singulier, celle-ci possède toutefois une portée universelle. Ma conférence portera sur la construction de cette exemplarité chez Semprun à travers l'entrelacement entre la mémoire culturelle et le souvenir de la barbarie.
Ce colloque réunira des chercheurs qui s’intéressent aux investissements sémantiques dans les représentations narratives et esthétiques des violences découlant de l’exercice du « pouvoir absolu », par référence aux deux principaux régimes totalitaires ayant vu le jour au 20e siècle : le nazisme et le communisme. Pour chaque corpus choisi, on cherchera ainsi à cerner les modalités particulières à travers lesquelles ces figures de l??’??extrême sont données à voir. Parallèlement, on pourra envisager la place et les configurations propres aux forces contestataires de ce pouvoir absolu. Notamment, les participantes et participants s??’??interrogeront sur ce paradoxe qui veut que tout principe de résistance à la violence totalitaire puisse être intimement lié à celle-ci, ne serait-ce que dans son mode d??’??action. Pour chaque objet d??’??étude circonscrit, il s??’??agira également de convoquer – en évaluant leur portée – les théories du totalitarisme qui ont vu le jour au siècle passé (cf. Hannah Arendt, Tzvetan Todorov, etc.). Une attention toute particulière sera accordée à Todorov qui, dans Le siècle des totalitarismes, propose entre autres une définition du totalitarisme en référence aux victimes confrontées à la force absolue (crainte de la liberté et participation à la mise en application de la terreur)??.
À chacune des sessions correspond un angle d??’??approche différent explorant les enjeux et les dilemmes liés à la représentation des violences totalitaires. La première, centrée sur la mémoire, se focalisera sur la représentation des rapports entre nos usages du passé et le pouvoir totalitaire. Notamment, dans quelle mesure la question de la terreur se laisse-t-elle appréhender à travers la mise en récit du passé? Sous quels modes envisage-t-on le rapport entre manipulation du passé et résistance mémorielle? La deuxième session portera plus particulièrement sur le dispositif esthétique comme principe d??’??exploration de la violence totalitaire. Plusieurs médiums seront abordés dans les communications et feront l??’??objet d??’??une discussion : l??’??architecture, la photographie, la musique et la bande dessinée – afin de comprendre comment ils structurent la question du totalitarisme et quels enjeux ils soulèvent. Quant à la troisième session, elle sera axée sur les rapports entre langage et despotisme. On se demandera ainsi ce que les corpus disent des « pouvoirs de la parole », entre instrument au service d??’??une idéologie extrême et principe de contestation. Enfin, la dernière session portera sur des enjeux plus modernes. Ainsi, comment les récits se saisissent-ils du problème posé par la pensée totalitaire quand elle concerne des événements actuels ou à venir?
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