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Raphaël Larrère : INRA - Institut national de la recherche agronomique
L'écologie classique, celle qui fut magistralement synthétisée en 1953 par les frères Odum (dont l'ouvrage Fundamentals of Ecology fut quasiment la bible des écologues jusqu'à la fin des années 1980), était focalisée sur les équilibres naturels. Interprétation cybernétique d'une conception thermodynamique des systèmes écologiques, elle avait peu de rapports à l'histoire ou, plus exactement, l'histoire des milieux et des paysages venait des limites du champ visuel de celui qui étudiait le fonctionnement des systèmes écologiques. L'écosystème odumien n'est cependant pas immobile : si une perturbation quelconque venait à détruire la biomasse d'un milieu, une succession de communautés biotiques, sur le registre du temps long, conduirait à un stade ultime : le climax. Il ne s'agit pas d'une histoire à proprement parler, mais d'un développement déterministe dont l'aboutissement est prédictible dès lors que l'on en connaît les mécanismes.
Les transformations de la discipline vont peu à peu élaborer une conception dynamique de systèmes écologiques en équilibre provisoire ; une écologie qui prend en compte l'hétérogénéité et les perturbations et qui s'intéresse bien plus aux processus et aux trajectoires qu'aux états et aux stabilités. C'est cette écologie qui va justement exiger une approche historique et engager les écologues à rechercher la collaboration d'historiens et d'archéologues. Un exemple concernant des recherches d'écologie forestière en France illustrera ce propos.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.