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Jean Michel Perez : Université de Lorraine
Dans le système éducatif français, il est coutume d'opposer la notion d'intégration à celle plus récente d'inclusion. Si cette dichotomie peut être pertinente dans une organisation gestionnaire visant en droit à la réussite de tous les élèves, son utilité est limitée dans le quotidien des acteurs de la communauté éducative. Depuis la mise en œuvre de la loi de 2005 pour l'« égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », les rapports ministériels insistent sur les difficultés persistantes du système éducatif de permettre à ces enfants de devenir des élèves.
Notre contribution vise à appréhender cette tension à l'aune des concepts de « normes », « usages » et « habitus », et croise philosophie, sociologie et didactique. Elle s'inscrit dans une approche du changement qui pose l'articulation des routines et de l'innovation dans la mise en place de nouvelles normes de travail. Ce cadrage permet de comprendre in-situ les pratiques enseignantes en ce qu'elles dialectisent ce rapport intégration (normes anciennes constituées)/inclusion (usages quotidiens des publics nouvellement accueillis). Les pratiques enseignantes sont analysées à partir de l'appui réciproque entre les manières de faire déjà-là, et le développement d'autres usages. De façon analogue, cette entrée permet de mettre au jour une dynamique singulière chez des élèves autrement présents dans les contenus disciplinaires, susceptibles de nous apprendre autant qu'on leur enseigne.
Actuellement, des pratiques d’aide et des dynamiques collaboratives se déploient, à l’école et dans divers établissements, selon les textes officiels en vigueur. Elles mettent en scène plusieurs acteurs de la sphère éducative concernés par le projet de l’élève à besoins particuliers. Une des réponses du système éducatif à de tels enjeux consiste à étoffer les pratiques d’enseignement-apprentissage, à renforcer les pratiques professionnelles et à conjuguer les compétences des professionnels de divers secteurs. Ce colloque met l’accent sur la comparaison des perceptions des acteurs (en particulier ceux de l’enseignement spécialisé). Il aborde les interprétations des notions d’intégration, d’inclusion et d’adaptation. Il cible aussi la manière dont ces acteurs opèrent au sein des systèmes éducatifs français, suisse et canadien pour inclure, intégrer des élèves à besoins particuliers, ou encore adapter les pratiques destinées à ces derniers, dans des services de différents niveaux (préscolaire, primaire, secondaire...). Quatre angles disciplinaires seront privilégiés pour apporter un éclairage pluridisciplinaire à ce colloque : didactique, didactique professionnelle, psychologie et sociologie. Il s’agit : 1) d’interroger ce qui relève de l’inclusion, de l’intégration et de l’adaptation dans le domaine de l’enseignement spécialisé, en prenant appui sur des références historiques et en relevant l’évolution des significations pour ces dénominations; 2) d’identifier, de comprendre et de comparer des mises en œuvre des pratiques collaboratives; 3) d’interroger sur le plan des apprentissages les types de besoins spécifiques des élèves; et 4) de comparer les dispositifs ou d’autres stratégies d’accompagnement des acteurs agissant auprès des élèves à besoins particuliers.