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Kant et la question de l'orientation de la raison dans le suprasensible

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Charlotte Sabourin : Université McGill

Résumé de la communication

Quatre ans à peine après la parution de la première édition de la Critique de la raison pure (1781), les Lumières allemandes se trouvent durement éprouvées par ce qui constitue certainement une occurrence supplémentaire du champ de bataille en lequel est inéluctablement transformée la métaphysique en l'absence de critique : la « querelle du panthéisme » (Pantheismusstreit). Au cœur du conflit s'opposent les positions de Mendelssohn et de Jacobi ; il faudra attendre octobre 1786 avant que Kant n'intervienne avec la parution de son opuscule « Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ? ». Comme il fallait s'y attendre, l'auteur de la Critique de la raison pure ne se positionne, pour reprendre la caractérisation de Ferdinand Alquié, ni en faveur du dogmatisme rationaliste de Mendelssohn, ni du dogmatisme du sentiment de Jacobi. La raison s'oriente en effet dans l'espace « plein de ténèbres pour nous » (AK VIII, 137) du suprasensible – fin ultime de la métaphysique – par le sentiment de son propre besoin. Nous examinerons dans le cadre de cette communication la voie empruntée par Kant pour sauver la métaphysique, mais aussi, avec elle, une authentique liberté de penser.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

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