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Gwenaël Domenech-Dorca : INSERM - Institut national de la santé et de la recherche médicale
Depuis 30 ans nous assistons à une évolution des discours de prévention du VIH. L'arrivée des trithérapies en 1996 ont fait évoluer les discours sur la prévention du « tout préservatif » aux approches combinées, incluant différentes stratégies de réduction des risques (RdR) comme le Serosorting, pour arriver aujourd'hui à une prévention "biomédicalisée". Pourtant, les discours actuels de prévention reposent sur les mêmes logiques théoriques que celles visant des modifications comportementales et l'adoption de conduites sexuelles sanitaires : la motivation par la connaissance des risques. Dans ce sens, on vise à renforcer la responsabilité des séropositifs avec le traitement comme prévention (TasP) sur la base de la connaissance de leur statut sérologique et donc de la stricte observance de leurs traitements antirétroviraux. Par ailleurs, les séronégatifs, en pleine connaissance des risques auxquels ils sont exposés, se voient dirigés vers une prophylaxie pré-exposition (PrEP). L'ensemble de ce système légitimant le fort intérêt pour le déploiement et le financement des tests rapides d'orientation diagnostique du VIH (TROD) pratiqués par un nombre grandissant d'associations et renforcé par la commercialisation de home-test pour pallier au manque de connaissance des statuts sérologiques d'une partie des populations les plus touchées. L'échec actuel de la prévention ne devrait-il pas remettre en question cette orientation basée sur la connaissance ?
Les enjeux et les défis actuels de la recherche sur le sida questionnent de plus en plus les rapports entre savoirs et pouvoirs. Ce colloque vise à donner la parole aux jeunes sur le rôle des sciences sociales face à ces nouveaux enjeux et défis.
Plus de trente ans après la découverte du VIH, les observateurs les plus optimistes parlent aujourd’hui des possibilités d’éradication du virus; à moyen terme, la « fin de l’épidémie » apparaît comme un horizon atteignable. La lutte contre le sida est caractérisée par une situation en apparence paradoxale. Les moyens pour enrayer la diffusion du virus existent : les traitements ont fait leurs preuves pour beaucoup de personnes… mais ils restent pourtant inaccessibles pour la majorité des personnes séropositives au Sud. De plus, à l’heure du « traitement comme prévention », les outils prophylactiques n’ont jamais été aussi diversifiés… mais l’épidémie se poursuit, notamment parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Ces constats semblent contredire, du moins tempérer, l’optimisme biomédical.
Derrière ces paradoxes, c’est la réalité d’une épidémie complexe qui transparaît. Le VIH continue de mettre en tension l’équation entre savoir(s) et pouvoir(s), rendue célèbre par « ACT UP-New York », qui n’a rien perdu de son actualité.
Enjeu(x) de savoir(s), car la prévention et les soins mettent en jeu des combinaisons de plus en plus complexes, qui individualisent la gestion du risque et de la santé, et qui interrogent la production et le partage des connaissances entre experts et profanes dans la lutte contre le sida. Enjeu(x) de pouvoir(s), face au désengagement financier des États dans l’accès aux traitements ARV en Afrique dans un contexte de crise économique; ou quand la lutte contre l’épidémie bute contre les réticences des gouvernements à s’adresser aux populations marginalisées et discriminées : toxicomanes, trans, gais, migrants.