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Wood Matthew : Université d'Ottawa
Le présent travail se propose d'élaborer comment, et dans quel mesure une lecture de la Poétique d'Aristote sous-tend un aspect important de l'herméneutique philosophique de Paul Ricoeur. Globalement, l'herméneutique ricoeurienne s'effectue suivant trois axes principaux : (1) sur un axe linguistique, où elle s'intéresse à l'analyse des fonctions sémantiques et référentielles des mots et des phrases ; (2) sur un axe narratologique, où elle concerne l'interprétation des textes écrits ; et sur un axe éthique, où elle s'intéresse à la compréhension philosophique de l'action humaine. Le travail que nous proposons ici va donc expliquer comment le rapport « analogique » qu'établit Ricoeur à travers ces trois axes présuppose une lecture spécifique de la Poétique d'Aristote. Pour ce faire, nous suivrons trois étapes : premièrement, nous allons expliciter le parallélisme découvert par Ricoeur dans La métaphore vive entre le fonctionnement linguistique de la métaphore et le fonctionnement narratif de l'intrigue (mythos) dans la Poétique d'Aristote ; deuxièmement, nous allons élargir la base textuelle de ce parallélisme en mettant en lumière le lien qu'établit Aristote entre la métaphore et « l'énigme » (ainigma), et en montrant comment le caractère énigmatique de la métaphore ouvre une nouvelle perspective sur son rapport à l'intrigue ; et troisièmement, nous allons indiquer comment ce parallélisme souligne l'effort ricoeurien « de considérer la métaphore comme une œuvre en miniature ».
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.