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La métaphysique du bourreau : une généalogie critique du rétributivisme pénal kantien

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Ugo Gilbert Tremblay : Université de Montréal

Résumé de la communication

La doctrine pénale de Kant fait figure de tache sombre dans le mouvement général de l'Aufklärung. Sa radicalité funeste (justification des châtiments corporels et de la peine de mort, affirmation de la nécessité de la lex talionis et de l'expiation du mal par le mal) paraît si insolite dans un siècle d'humanisation de la justice criminelle que Fichte y verra la preuve que « le grand homme n'était pas infaillible ». Notre propos consistera à considérer le rétributivisme austère de Kant non pas comme une anomalie à mettre sur le compte d'un regrettable point aveugle de sa philosophie, mais plutôt comme le symptôme de la division abstraite qu'il opère entre raison théorique et raison pratique. Nous chercherons notamment à montrer que le rétributivisme pénal kantien est la conséquence d'une critique partielle et sélective des ambitions mégalomanes de la métaphysique telles qu'identifiées dans la première Critique. Nous verrons ainsi que l'intransigeance soupçonneuse de Kant à l'endroit de la raison théorique et de ses « conséquences délétères » n'est pas suffisamment prise en compte dans le domaine pratique, où le soupçon cède le pas à une naïveté imprudente et hardie. Tout cela nous permettra de mieux comprendre comment Kant a pu tailler une matraque autoritaire et dogmatique dans ce qui ne devait être au départ qu'un simple postulat permettant d'assurer la dignité de l'homme, à savoir le postulat nouménal d'une causalité libre, soustraite au mécanisme naturel.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

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