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Fanny Chabrol : Aix-Marseille Université
Le Cameroun est l'un des pays les plus touchés au monde par les hépatites virales, notamment l'hépatite C. Tandis que l'accès aux médicaments antirétroviraux pour les malades du sida s'est mis en place dans le courant des années 2000, les malades atteints d'hépatite virale n'ont pas accès aux thérapies. Les médicaments actuels contre l'hépatite C sont des traitements difficiles, longs, incertains et extrêmement couteux. Les antirétroviraux ne sont pas disponibles pour les malades mono-infectés par l'hépatite B, en revanche, le fait d'être infecté par le VIH constitue une voie d'accès aux antirétroviraux permettant de traiter l'hépatite B.
La situation des hépatites virales en Afrique montre qe la santé publique en Afrique se construit à l'articulation entre l'innovation pharmaceutique, les mobilisations transnationales et les positions des Etats, une configuration marquée par une pharmaceuticalisation du traitement de l'hépatite, dans la suite de l'histoire et l'expérience du sida.
Les limites de la pharmaceuticalisation de la santé publique en Afrique seront envisagées à partir de la prise en charge des hépatites virales qui est soumise à des formes paradoxales de triage dans le contexte des programmes anti-VIH au Cameroun. Si le fait d'être infecté par le VIH peut constituer une voie d'accès pour certains médicaments, l'ensemble de cette prise en charge demeure marquée par la prédominance de la position sociale des patients et leur statut au sein de l'Etat camerounais.
Le médicament participe au déplacement de différentes frontières scientifiques et sociales. Premièrement, la redéfinition de la frontière entre « normal » et « pathologique » a été largement étudiée en sciences sociales. Le concept de médicalisation a permis de révéler cette évolution de la limite entre normal et pathologique en lien avec l’usage du médicament.
Deuxièmement, on peut toutefois envisager également le rôle du médicament dans le déplacement d’autres frontières. Ainsi, la frontière entre le naturel et le culturel s’est aussi redéfinie au cours des dernières décennies, notamment autour du concept de molécularisation. Parmi les technologies biomédicales, comment le médicament contribue-t-il spécifiquement au déplacement de ces frontières?
Troisièmement, la question de l’inclusion sociale sur des critères biologiques a permis de développer le concept de biosocialisation. De nouvelles perspectives relatives à l’émergence de citoyenneté biologique ou thérapeutique ont permis de mieux comprendre l’évolution de la limite entre inclusion et exclusion en mettant au centre l’accès au médicament.
Le concept de pharmaceuticalisation révèle l’importance du médicament dans ces différents processus sociaux. Au-delà des concepts de médicalisation et de biomédicalisation, il permettrait de faire ressortir le rôle central joué par le médicament en permettant concrètement et symboliquement les processus sociaux évoqués.
Le colloque repose ainsi la question du lien entre ces différentes frontières mouvantes sur deux fronts. D’abord, celui des logiques technoscientifiques et leurs promesses, qui permettent la redéfinition des limites du corps, de la santé et du naturel. Ensuite, les usages en aval de ces logiques, qui redéfinissent les frontières concrètement dans le quotidien des différents mondes sociaux pratiqués. À cet effet, les usages élargis du médicament deviennent alors des objets de préoccupation fondamentaux pour comprendre l’articulation entre ces différents processus sociaux.