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La réalité comme argument métaphysique : Henri de Gand et Hervé de Nédellec sur les rapports de l'être et de l'essence

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Geneviève Barrette : Collège Ahuntsic

Résumé de la communication

Parce que la critique la plus achevée d'une métaphysique consiste en une proposition métaphysique plus adéquate, j'aimerais présenter un exemple éloquent de cet exercice et analyser la démarche de substitution de paradigme opérée. Il s'agit de la réfutation d'un point d'ontologie d'Henri de Gand (†1293) par Hervé de Nédellec (†1323). Henri de Gand postule une différence intentionnelle entre l'être et l'essence dans l'étant fini: sans être deux entités numériquement différentes, l'être et l'essence désigneraient néanmoins quelque chose de différent dans la chose. Hervé démantèle méthodiquement la conceptualité et les arguments du Gantois justifiant celle-ci avant de présenter sa position sur les rapports réciproques de l'être et de l'essence dans l'étant fini. Il affirme sans ambages que la réfutation de la position adverse suffit à établir sa position, comme si l'adéquation de sa position et du réel était si manifeste qu'elle pouvait se passer de justification! Dans le cadre de cette table ronde, je proposerai que toute prétention à exprimer de façon plus fidèle le réel que ses prédécesseurs suppose déjà la reconnaissance de l'inadéquation d'un discours avec le réel et que l'espoir d'une adéquation du discours avec le réel motive les tentatives successives de conceptualisation du réel. Plus encore, j'estime, avec Hervé, que le réel lui-même est l'argument métaphysique définitif, dans la mesure où il est garant de la justesse du discours que l'on tient sur lui.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

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