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Emilie Patrie : Université Laval
Danzig Baldaev, gardien de prison entre 1948 et 1981, a traduit sa connaissance de l'univers concentrationnaire dans une bande dessinée originale et subversive. Dans cette œuvre hybride, composée de quatre parties distinctes ayant une visée scientifique et esthétique, il représente l'enfer de la captivité, les sévices terribles que l'on faisait subir aux prisonniers, et ce à partir de sa propre expérience en tant que fonctionnaire de l'administration pénitentiaire soviétique, de ses diverses observations, des témoignages des prisonniers et des employés du goulag. Danzig Baldaev met en scène le quotidien dans le goulag, relatant les tortures faites aux prisonniers, reprenant des slogans politiques, caricaturant, retranscrivant des images décoratives de propagande, intégrant des cartes postales, etc. Par la mise en image des discours de l'intoxication idéologique, par la mise en récit du quotidien du goulag, s'opère donc un processus dialogique. Dès lors, quel système de représentations caractérise l'entreprise clandestine de Danzig Baldaev ? Ce microcosme qu'est le goulag, régi par une organisation institutionnelle bien définie, est clairement représentatif de la macro histoire totalitaire. La rareté des témoignages iconographiques sur le sujet rend cet album unique. À partir de l'ouvrage de Luba Jurgenson, Gardien de camp. Tatouages et dessins du goulag, nous interrogerons les modalités de représentation de la violence qui sévissait dans les camps soviétiques au XXèmesiècle.
Ce colloque réunira des chercheurs qui s’intéressent aux investissements sémantiques dans les représentations narratives et esthétiques des violences découlant de l’exercice du « pouvoir absolu », par référence aux deux principaux régimes totalitaires ayant vu le jour au 20e siècle : le nazisme et le communisme. Pour chaque corpus choisi, on cherchera ainsi à cerner les modalités particulières à travers lesquelles ces figures de l??’??extrême sont données à voir. Parallèlement, on pourra envisager la place et les configurations propres aux forces contestataires de ce pouvoir absolu. Notamment, les participantes et participants s??’??interrogeront sur ce paradoxe qui veut que tout principe de résistance à la violence totalitaire puisse être intimement lié à celle-ci, ne serait-ce que dans son mode d??’??action. Pour chaque objet d??’??étude circonscrit, il s??’??agira également de convoquer – en évaluant leur portée – les théories du totalitarisme qui ont vu le jour au siècle passé (cf. Hannah Arendt, Tzvetan Todorov, etc.). Une attention toute particulière sera accordée à Todorov qui, dans Le siècle des totalitarismes, propose entre autres une définition du totalitarisme en référence aux victimes confrontées à la force absolue (crainte de la liberté et participation à la mise en application de la terreur)??.
À chacune des sessions correspond un angle d??’??approche différent explorant les enjeux et les dilemmes liés à la représentation des violences totalitaires. La première, centrée sur la mémoire, se focalisera sur la représentation des rapports entre nos usages du passé et le pouvoir totalitaire. Notamment, dans quelle mesure la question de la terreur se laisse-t-elle appréhender à travers la mise en récit du passé? Sous quels modes envisage-t-on le rapport entre manipulation du passé et résistance mémorielle? La deuxième session portera plus particulièrement sur le dispositif esthétique comme principe d??’??exploration de la violence totalitaire. Plusieurs médiums seront abordés dans les communications et feront l??’??objet d??’??une discussion : l??’??architecture, la photographie, la musique et la bande dessinée – afin de comprendre comment ils structurent la question du totalitarisme et quels enjeux ils soulèvent. Quant à la troisième session, elle sera axée sur les rapports entre langage et despotisme. On se demandera ainsi ce que les corpus disent des « pouvoirs de la parole », entre instrument au service d??’??une idéologie extrême et principe de contestation. Enfin, la dernière session portera sur des enjeux plus modernes. Ainsi, comment les récits se saisissent-ils du problème posé par la pensée totalitaire quand elle concerne des événements actuels ou à venir?
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