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Julien Simard : Université McGill
Dans le contexte du dépôt du projet de loi 52 (Loi concernant les soins de fin de vie), qui sera probablement adopté l'Assemblée nationale en février 2014, on remarque que les partisans radicaux de l'approche des soins palliatifs tentent d'empêcher toute ouverture légale vers l'aide médicale à mourir. Aux dires du Collectif de médecins pour le refus médical de l'euthanasie, les deux approches seraient radicalement différentes, ancrées dans des postures morales et éthiques irréconciliables. Pourtant, des frontières floues et poreuses entre les pratiques des acteurs du soin palliatif et celles des euthanasistes ont été constatées par Walter (1994) et Castra (2004), notamment. Un de ces points d'intersection réside dans le recours, en soins palliatifs, à divers cocktails de sédation. Ceux-ci consistent en des doses élevées d'opiacés et de sédatifs, souvent administrées quelques jours avant la mort du patient avec l'accord des proches et de la famille. Cette communication tentera de démontrer que le statut tendu des protocoles de sédation témoigne à la fois d'un recours croissant aux médicaments en fin de vie et d'une volonté de masquer et de banaliser leur usage au profit d'une monstration inversement proportionnelle des autres formes d'intervention et d'accompagnement (toucher, parole).
Le médicament participe au déplacement de différentes frontières scientifiques et sociales. Premièrement, la redéfinition de la frontière entre « normal » et « pathologique » a été largement étudiée en sciences sociales. Le concept de médicalisation a permis de révéler cette évolution de la limite entre normal et pathologique en lien avec l’usage du médicament.
Deuxièmement, on peut toutefois envisager également le rôle du médicament dans le déplacement d’autres frontières. Ainsi, la frontière entre le naturel et le culturel s’est aussi redéfinie au cours des dernières décennies, notamment autour du concept de molécularisation. Parmi les technologies biomédicales, comment le médicament contribue-t-il spécifiquement au déplacement de ces frontières?
Troisièmement, la question de l’inclusion sociale sur des critères biologiques a permis de développer le concept de biosocialisation. De nouvelles perspectives relatives à l’émergence de citoyenneté biologique ou thérapeutique ont permis de mieux comprendre l’évolution de la limite entre inclusion et exclusion en mettant au centre l’accès au médicament.
Le concept de pharmaceuticalisation révèle l’importance du médicament dans ces différents processus sociaux. Au-delà des concepts de médicalisation et de biomédicalisation, il permettrait de faire ressortir le rôle central joué par le médicament en permettant concrètement et symboliquement les processus sociaux évoqués.
Le colloque repose ainsi la question du lien entre ces différentes frontières mouvantes sur deux fronts. D’abord, celui des logiques technoscientifiques et leurs promesses, qui permettent la redéfinition des limites du corps, de la santé et du naturel. Ensuite, les usages en aval de ces logiques, qui redéfinissent les frontières concrètement dans le quotidien des différents mondes sociaux pratiqués. À cet effet, les usages élargis du médicament deviennent alors des objets de préoccupation fondamentaux pour comprendre l’articulation entre ces différents processus sociaux.
Thème du colloque :