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Pierre-Luc Desjardins : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Suite au coup d'envoi donné notamment par Alain de Libera et Olivier Boulnois, le médiévisme philosophique se penche sur l'évolution médiévale de schèmes théoriques entrant dans la composition de ce qui deviendrait la compréhension du sujet comme agent. Or, ce récent mouvement laisse à ce jour majoritairement impensée la place qui revient à la pensée du théologien mystique Maître Eckhart de Hochheim (1260-1328) au sein de la longue histoire du développement de la notion de sujet, qui la voit transformée de sujet d'inhérence aristotélicien en sujet-agent, moralement et épistémiquement auto-fondateur. Il convient donc de s'interroger sur la manière dont Maître Eckhart pense l'ego, ainsi que le rapport qu'entretiennent au sein de sa pensée la subjectivité de l'individu humain et l'être en tant qu'être. L'objectif de la présente communication est de répondre à cette question en trois moments, lesquels correspondent à trois approches complémentaires de la pensée eckhartienne : la première ontologique, le seconde existentielle ou éthique, et la troisième anthropologique. Il sera question de faire ressortir par cette triple perspective le croisement chez Eckhart des notions de subjectivité et de subjectité (pour emprunter le vocabulaire heideggérien) en un usage conceptualisé de l'ego, lequel ne relève plus du simple procédé rhétorique mais constitue plutôt l'expression d'une souveraineté du « je » qui semble annoncer la compréhension moderne d'une telle souveraineté.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
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