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Paroles croisées victimes-terroristes sur la violence politique en Algérie

LB

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Latéfa Belarouci : Université de Picardie Jules-Verne

Résumé de la communication

Une grande partie de la population algérienne se trouve confrontée à une véritable « catastrophe narcissique », car soumise pendant des décennies à la violence terroriste islamiste, à un déni d'altérité, au hors sens. L'aspect délibéré, construit, intentionnel de cette violence, la nature des actes, le choix des armes ont en effet produit une véritable psychopathologie collective, car ils ont provoqué de l'effroi, de la terreur, un sentiment d'impuissance et de honte tout comme ils ont modifié la nature des liens intra et intersubjectifs. Ainsi, à la honte d'avoir été confrontés à l'inhumanité d'autres humains, s'ajoute la honte de n'avoir pas pu protéger les siens, la honte de sa propre incapacité à s'opposer à l'humiliation et surtout la honte d'avoir cédé à l'instinct de survie. Les capacités intégratives des individus et des groupes sont submergées, dépassées, mises en échec non seulement parce que ce qui a été mis en œuvre est une véritable déshumanisation des victimes mais aussi et surtout parce que le pouvoir en place a promulgué, au nom d'une paix sociale, des lois amnistiantes en faveur des agresseurs. Cette politique de réconciliation déstructure encore plus l'appareil psychique des victimes, car elles sont condamnées au silence et au non-savoir.

Un regard croisé victimes/terroristes permet d'apporter un éclairage édifiant sur les processus de déshumanisation mis en œuvre par cette appartenance idéologique extrémiste.

Résumé du colloque

Ce colloque réunira des chercheurs qui s’intéressent aux investissements sémantiques dans les représentations narratives et esthétiques des violences découlant de l’exercice du « pouvoir absolu », par référence aux deux principaux régimes totalitaires ayant vu le jour au 20e siècle : le nazisme et le communisme. Pour chaque corpus choisi, on cherchera ainsi à cerner les modalités particulières à travers lesquelles ces figures de l??’??extrême sont données à voir. Parallèlement, on pourra envisager la place et les configurations propres aux forces contestataires de ce pouvoir absolu. Notamment, les participantes et participants s??’??interrogeront sur ce paradoxe qui veut que tout principe de résistance à la violence totalitaire puisse être intimement lié à celle-ci, ne serait-ce que dans son mode d??’??action. Pour chaque objet d??’??étude circonscrit, il s??’??agira également de convoquer – en évaluant leur portée – les théories du totalitarisme qui ont vu le jour au siècle passé (cf. Hannah Arendt, Tzvetan Todorov, etc.). Une attention toute particulière sera accordée à Todorov qui, dans Le siècle des totalitarismes, propose entre autres une définition du totalitarisme en référence aux victimes confrontées à la force absolue (crainte de la liberté et participation à la mise en application de la terreur)??.

À chacune des sessions correspond un angle d??’??approche différent explorant les enjeux et les dilemmes liés à la représentation des violences totalitaires. La première, centrée sur la mémoire, se focalisera sur la représentation des rapports entre nos usages du passé et le pouvoir totalitaire. Notamment, dans quelle mesure la question de la terreur se laisse-t-elle appréhender à travers la mise en récit du passé? Sous quels modes envisage-t-on le rapport entre manipulation du passé et résistance mémorielle? La deuxième session portera plus particulièrement sur le dispositif esthétique comme principe d??’??exploration de la violence totalitaire. Plusieurs médiums seront abordés dans les communications et feront l??’??objet d??’??une discussion : l??’??architecture, la photographie, la musique et la bande dessinée – afin de comprendre comment ils structurent la question du totalitarisme et quels enjeux ils soulèvent. Quant à la troisième session, elle sera axée sur les rapports entre langage et despotisme. On se demandera ainsi ce que les corpus disent des « pouvoirs de la parole », entre instrument au service d??’??une idéologie extrême et principe de contestation. Enfin, la dernière session portera sur des enjeux plus modernes. Ainsi, comment les récits se saisissent-ils du problème posé par la pensée totalitaire quand elle concerne des événements actuels ou à venir?

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

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