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Marc Egrot : Institut de Recherche pour le Développement, UMR 224 MIVEGEC
Le don de médicaments recouvrent une diversité de pratiques sociales inscrites dans des sociabilités, pré-existantes ou non à l'acte de don. Il témoignede logiques sociales de solidarité, de partage, mais aussi de stratégies économiques ou de pouvoir.
Si certains dons s'articulent étroitement avec des processus de médicalisation, cette forme particulière de l'échange permet d'appréhender des situations très diverses, mais dans lesquelles la circulation et l'usage des médicaments se fait en marge des pratiques professionnelles biomédicales. Leurs analyses permet de montrer que pharmaceuticalisation n'est pas nécessairement médicalisation. Et au delà du fait que ces dons révèlent des logiques sociales sous-jacentes, – notammenten termes d'exercice du pouvoir, d'effets inéquitables, de décisions arbitraires, ou encore d'instauration de dépendance –, ils sont également un moyen de mieux comprendre comment le médicament peut parfois participer à la pharmaceuticalisation du lien social.
L'analyse de différentes formes de dons d'antirétroviraux recueillis de 2000 à 2003 au Sénégal, à une période où le coût d'une trithérapie était encore très élevé, permettront d'étayer l'analyse proposée de ce fait social particulier que représente la pharmaceuticalisation des sociabilités à travers le don de médicament.
Le médicament participe au déplacement de différentes frontières scientifiques et sociales. Premièrement, la redéfinition de la frontière entre « normal » et « pathologique » a été largement étudiée en sciences sociales. Le concept de médicalisation a permis de révéler cette évolution de la limite entre normal et pathologique en lien avec l’usage du médicament.
Deuxièmement, on peut toutefois envisager également le rôle du médicament dans le déplacement d’autres frontières. Ainsi, la frontière entre le naturel et le culturel s’est aussi redéfinie au cours des dernières décennies, notamment autour du concept de molécularisation. Parmi les technologies biomédicales, comment le médicament contribue-t-il spécifiquement au déplacement de ces frontières?
Troisièmement, la question de l’inclusion sociale sur des critères biologiques a permis de développer le concept de biosocialisation. De nouvelles perspectives relatives à l’émergence de citoyenneté biologique ou thérapeutique ont permis de mieux comprendre l’évolution de la limite entre inclusion et exclusion en mettant au centre l’accès au médicament.
Le concept de pharmaceuticalisation révèle l’importance du médicament dans ces différents processus sociaux. Au-delà des concepts de médicalisation et de biomédicalisation, il permettrait de faire ressortir le rôle central joué par le médicament en permettant concrètement et symboliquement les processus sociaux évoqués.
Le colloque repose ainsi la question du lien entre ces différentes frontières mouvantes sur deux fronts. D’abord, celui des logiques technoscientifiques et leurs promesses, qui permettent la redéfinition des limites du corps, de la santé et du naturel. Ensuite, les usages en aval de ces logiques, qui redéfinissent les frontières concrètement dans le quotidien des différents mondes sociaux pratiqués. À cet effet, les usages élargis du médicament deviennent alors des objets de préoccupation fondamentaux pour comprendre l’articulation entre ces différents processus sociaux.