pen icon Colloque
quote

Saisir le réel les yeux fermés

EG

Membre a labase

Etienne Groleau : Cégep Beauce-Appalaches

Résumé de la communication

La raison, à travers la science moderne, nous offre, sur une base régulière, de nouvelles connaissances et de nouveaux angles d'approche de l'humain nous permettant de réinterpréter constamment ce que nous sommes. Mais croire que nous cernons l'essentiel à l'aide de la raison seule est une erreur aussi profonde que dramatique. C'est ce que Michel Henry nomme le « monisme ontologique », c'est-à-dire la réduction de toute forme de connaissance possible à la seule connaissance de la représentation, caractéristique de la raison. Ce monisme cache une double erreur, celle de croire que la raison est le seul moyen par lequel l'on peut connaître le réel (erreur épistémologique) et celle de prendre les apparences objectives pour le réel même (erreur ontologique). Ce faisant, la raison, que la modernité a érigée en maître absolu, dessèche le monde de sa substance par une opération de simplification et d'organisation de la réalité et reste, en outre, incapable de distinguer ce qui est plus important de ce qui l'est moins.

Il nous faut donc prendre du recul par rapport à la raison, la critiquer à nouveau, de l'extérieur, en en recherchant le fondement. Nous devons remonter le fleuve de la connaissance et en redécouvrir la source. C'est donc en explorant ce qui connaît, en nous conformant à l'exhortation socratique du « connais-toi toi-même », que nous arriverons à dépasser l'échec de la raison et à saisir le réel grâce à l'autre savoir, celui de l'affectivité.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :