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Joël Boudreault : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
La notion d'un savoir d'une autre nature a intéressé plusieurs philosophes cartésiens. L'on a qu'à penser au soin que Descartes prend pour distinguer la connaissance du corps de celle ce l'âme : la dernière est connue grâce à la raison seule, la première par une sensation confuse. Pour Descartes et ses successeurs, il y a toute une région du savoir qui semble échapper au régime de l'évidence. Il s'agit du savoir religieux, par rapport auquel la foi occupe une place cruciale, celle-ci légitimant cet ordre de savoir. Dans cette relation liant la foi et ce savoir autre, la grâce de même que la volonté auront leur rôle à jouer. Il serait à propos dans ce contexte de se pencher sur la philosophie d'un cartésien sceptique, soit Simon Foucher. Alors que des sceptiques considérés pyrrhoniens, comme Montaigne, Charron, La Mothe Le Vayer, ne cessent d'exposer la relativité des mœurs en matière de religion, Foucher réserve une place à part aux vérités de la religion, qui semblent dépasser les frontières de sa théorie de la connaissance. Il restera à voir quelle place occupe cet autre savoir et de comprendre comment il s'articule avec les notions de foi, de grâce et de volonté, afin de saisir dans quelle mesure ce savoir est autre. Enfin, il faudra comparer la position de Foucher à celle de Descartes pour en comprendre les nuances et juger du caractère cartésien de sa démarche.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
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