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Violence et biopolitique chez Agamben

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Laura Kassar : Université de Montréal

Résumé de la communication

À la fin de son ouvrage intitulé Homo sacer, Giorgio Agamben développe trois thèses qui, selon lui, situent le point de départ à une relecture possible de la tradition philosophico-politique occidentale. S'inspirant des écrits de Foucault, Agamben soutient l'entrée dans un nouveau paradigme politique, ou plutôt biopolitique : celui du camp de concentration, illustré comme figure-limite, comme seuil où se heurtent la vie nue (zoe) et la vie politique (bios). La perspective exposée par Agamben dans Homo sacer invite à remettre profondément en question les théories contractuelles du pouvoir, qui se trouvent aux racines idéologiques des démocraties occidentales modernes. Selon le penseur, le consensus comme fondement au pouvoir étatique, lequel se retrouve notamment dans la pensée hobbesienne ou lockéenne, n'est pas en mesure d'expliquer les relations politiques entre individus et souverains; ce sont des dynamiques bien plus insidieuses, voire archaïques, qui agissent à même nos démocraties. Ces rapports primitifs seraient essentiellement de nature violente et permettraient de rendre compte des événements politiques du dernier siècle. C'est en partant du concept de violence retrouvé chez Agamben que nous aborderons d'abord le lien entre violence et État, afin de proposer ensuite une certaine interprétation du phénomène des camps de concentration, de manière à articuler cette dernière selon les modalités du paradigme biopolitique moderne.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 14 mai 2014

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