Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Cette communication se base sur nos travaux doctoraux, qui visent, pour le Québec post-révolution tranquille (1980-1990), à interpréter l'émergence sociohistorique, aux plans cognitifs et pratiques «ordinaires», d'une expérience typiquement contemporaine de l'intimité. Nous nous concentrerons ici sur les implications heuristiques de notre travail empirique portant sur l'oeuvre télévisuelle Janette Bertrand, cas témoignant (Deslauniers 1996) des transformations de l'intime et participant selon nous de la co-construction (Berger et Luckmann 2012), de niveau sociétal, d'un modèle relationnel (de Singly 1996) mettant à mal la légitimité des anciens rôles sociaux amoureux et familiaux, et proposant en retour une intimité (Jullien 2013) sexuelle et amoureuse centrée sur l'expression de soi (Taylor 1998 ; Ehrenberg 1998) et la quête de reconnaissance (Honneth 2013). Nous analyserons les principaux i) scénarios et ii) types-idéaux construits par Janette Bertrand et proposés au public québécois à titre de typifications ordinaires (Schutz 1962) permettant d'ordonner et de faire sens du quotidien intime. Nous nous laisserons guider par l'hypothèse voulant que la construction télévisuelle de cadres conversationnels de l'intimité (Cavell 1969 ; 1981), dans ses acceptations sexuelle et amoureuse, aurait put permettre la reformulation des cadres (Goffman, 1974) pratiques et sémantiques de l'expérience de l'intimité, dans un contexte de vacance cognitive laissée par l'éviction du discours religieux.
Les cadres normatifs et les pratiques de l’intimité, amoureuse ou érotique, ont fait l’objet de transformations importantes dans les sociétés occidentales contemporaines. Sans prétendre à l’exhaustivité dans la description de ces transformations, on peut relever la légitimation de l’amour érotique en tant que fondement de la relation durable et la détraditionalisation de ses cadres normatifs; la croissante individualisation et concentration sur soi des agents, ainsi que l’intensification de l’autorité individuelle sur le projet de vie et son évaluation; les mouvements d’émancipation des femmes et des homosexuels, qui ont changé les enjeux normatifs dans le cadre de l’expérience amoureuse; la « thérapeutisation » de la relation et de la communication d’amour; la recherche de formes alternatives d’« authenticité » émotive par rapport à la tradition du mariage bourgeois; l’inclusion réflexive, dans le « travail » par rapport à la relation d’amour, de la conscience de l’instabilité constitutive de la relation même; les modes de rencontre; la place croissante des nouvelles technologies de l’information dans les rencontres et dans les échanges conjugaux, etc. Ce colloque vise à documenter les nouvelles formes de l’expérience intime, amoureuse et érotique, contemporaine.
Titre du colloque :