Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Myriam WATTHEE-DELMOTTE : Université catholique de Louvain
Si l'on s'accorde sur le fait que le geste anthropologique par excellence est celui d'enterrer les
morts, qui est une activité rituelle, il faut constater que la littérature l'accompagne invariablement :
de la déploration des pleureuses face à la dépouille mortelle dont on ferme les yeux à l'éloge
funèbre, en passant par les
Requiem et les Dies irae qui traduisent les sentiments
des endeuillés confrontés au choc du décès, ou les élégies propres à donner droit à la nostalgie,
les
memento mori et les Tombeaux littéraires qui servent de support à la commémoration positive
du défunt, voire les biographies
post mortem des hommes célèbres, il n'est aucune phase du rapport
des hommes à la mort d'un des leurs qui ne soit accompagné de textes littéraires.
La littérature de la mort gagne donc à être envisagée sous son rapport à la ritualité, qui
détermine en partie ses formes discursives : la création esthétique s'avère dépendante d'une
finalité qui s'atteint par le respect des phases, des postures et des investissements symboliques
d'un rite particulier. On verra ainsi comment les textes littéraires de circonstances liées à la perte,
à la mise au tombeau et à la commémoration montrent la production parallèle des rites
d'ensevelissement gestuels et langagiers, et font voir la construction simultanée de monuments de
pierre et de mots. La littérature, en se déployant en différents genres, assure une forme
d'efficacité du travail du deuil et une relance constructive des endeuillés dans la vie.
L’étude des rites constitue un champ de recherche qui transige avec toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Depuis le début du siècle dernier, plusieurs spécialistes ont développé diverses perspectives théoriques sur les rites (Durkheim, Mauss,Van Gennep, Reik, Turner, Douglas, Levi Makarius, Cazeneuve, Isambert, Grimes, Bell, Hall, Bourdieu, Goffman, Martens, Balandier, Rivière, Thomas, Maisonneuve, Girard, Segalen, Fellous, Cyrulnik, Wulf, etc.). Il ressort de leurs travaux que les rites ne peuvent plus être considérés commedes actes aliénants, mécaniques et figés. Ces auteurs ont plutôt mis en évidence leur univers symbolique très riche. Éliade, Caillois, Durand, Isambert et Sperber (156-159) se sont notamment intéressés au sémantisme de cette dimension symbolique. Bourdieu de son côté a reconnu qu’ils sont des actions hautement significatives dans la mesure où ils rendent visible l’identité. Ils permettent l’acquisition progressive d’habitus, de comportements, d’attitudes, de dispositions d’esprit, etc. Plusieurs auteurs ont aussi analysé leur fonction sacramentelle en vue d’un rapport au sacré ou à une transcendance. De sa perspective sociologique, Goffman les analysait à travers ses descriptions des interactions sociales. D’autres auteurs plus contemporains, comme Gebauer et Wulf, ont relancé les études sur les rites en insistant sur leur performativité et leur transmission par mimétisme. Le champ des études sur les rites est donc largement ouvert et plusieurs approches théoriques s’y rencontrent. À cet égard, nous désirons rassembler des chercheurs de tous les horizons disciplinaires pour faire état des travaux les plus récents sur les rites.
Titre du colloque :
Thème du colloque :