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La médicalisation de l'existence en régime hypermoderne

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Philippe Poitras : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

Je me concentrerai davantage sur la notion relativement récente d'hypermodernité, alors que je m'attacherai notamment au processus d'individualisation, qui me semble fortement lié au phénomène contemporain de la « médicalisation de l'existence ». Les pistes de réflexion que je mettrai de l'avant s'inscriront donc à même l'idée d'une modernité radicale, d'une intensification de la logique moderne et d'une autonomisation des parcours individuels. Rapidement, nous ferons face à une problématique d'envergure : cette autonomisation doit-elle être comprise comme une libération vis-à-vis de toute forme de sujétion? Nous constaterons que l'âge hypermoderne se caractérise bel et bien par une logique paradoxale, le culte de l'épanouissement personnel et du bien-être produisant également son lot de comportements anxiogènes et pathologiques. Nous verrons que cette société hypermoderne engendre également d'importants problèmes de structuration de soi, dans le sens d'une vulnérabilité psychologique et sociale relativement massive, et surtout, totalement inconnue au sein de sociétés disciplinaires et des démocraties libérales d'il y a à peine quelques années. Au final, nous nous interrogerons à savoir si le processus de médicalisation qui a cours actuellement est révélateur d'une crise au niveau de la conception, de la constitution et de l'essence même du sujet moderne.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 15 mai 2014

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