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La réponse de Platon à la question « d'où vient le mal? »

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Ugo Gilbert Tremblay : Université de Montréal

Résumé de la communication

Mon propos comportera trois volets, qui chacun contribuera à restituer la spécificité de la réponse platonicienne au problème du mal. 1) Dans un premier temps, il sera à-propos de rappeler la réponse proprement socratique à la question de l'origine du mal moral. Cette réponse, qui se trouve élaborée dans les premiers dialogues de Platon, consiste à attribuer la méchanceté à l'ignorance, suivant le fameux paradoxe socratique voulant que nul ne fasse le mal de son plein gré. 2) Je tâcherai ensuite de mettre au jour la profonde métamorphose que fait subir Platon à la position des premiers dialogues. À partir du livre IV de la République, en effet, Platon rompt avec l'intellectualisme de son maître, bien que cette rupture ne l'empêchera pas de maintenir entière l'innocence de l'homme. Pour ce faire, nous verrons que Platon a toutefois dû concéder au mal une certaine positivité, un certain statut ontologique, du fait notamment de sa reconnaissance du phénomène de l'akrasia, lequel admet la possibilité d'une submersion passionnelle du principe rationnel de l'âme, c'est-à-dire la possibilité d'une impuissance de l'homme à faire le bien malgré la connaissance rationnelle qu'il en a. 3) Enfin, nous verrons que contrairement à la formulation théologique classique du problème du mal qui veut que, pour blanchir Dieu, la responsabilité du mal doive nécessairement être imputée au libre arbitre pêcheur de l'homme, Platon n'est pas tiraillé entre les deux branches d'une telle alternative.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 15 mai 2014

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