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Alain Ayotte : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans cette communication, je m'intéresserai à la montée depuis les années 1990 d'une avant‐garde artistique et philosophique dite post‐pornographique où la performance et la performativité du corps genré et sexualisé du créateur et du chercheur se manifestent comme un enjeu majeur. Selon Judith Butler, la performance est liée au concept de l'identité qui est une position stratégique qu'un sujet adopte dans le champ social alors que la performativité est associée au concept d'identification qui est une opération à travers laquelle le sujet se constitue. Déjà, en 1930, le surréalisme de Georges Bataille suggérait la notion de l'informe performatif ayant pour fonction de rabaisser et de déclasser les archives somatiques et sémiotiques du sujet. Selon moi, l'avant‐garde post‐pornographique puise dans ces pôles transgressifs et se révèle un outil de subjectivation (esthétique, érotique et politique) très puissant. Entre performance et performativité, entre identité et identification, entre survivance et subversion, entre résonance charnelle et force orgasmique, cette avant‐garde s'insère dans un nouveau régime de la sexualité où les frontières disciplinaires éclatent à travers l'agentivité (potentia agendi) de pratiques artistiques, de productions théoriques, incarnées et transformatrices. Mon objectif est d'affirmer que cette avant‐garde est plurielle, qu'elle s'inscrit, corps et conscience, dans une tradition fluide du genre et d'en démontrer la force créatrice.
L’avant-garde a-t-elle un sexe? Si nous pensons qu’il dépasse en théorie les catégories de genre, le concept d’avant-garde reste le plus souvent associé à un imaginaire masculin dans la culture visuelle et littéraire. Centrée sur la figuration, métaphorique ou non, d’une posture empruntant beaucoup aux origines militaires du concept, l’écriture de l’histoire des pratiques culturelles et de l’offensive intellectuelle de l’avant-garde reste entachée d’une « virilité originelle », tandis que l’on investit la posture féminine d’une dimension exploratoire sentimentale et intime, même lorsqu’elle se positionne volontairement dans l’espace public. Ceci n’est pas sans reproduire des clichés en vogue depuis le 19e siècle qui voudraient cantonner le féminin à l’affectif et le masculin au politique. En outre, dans le discours historique en littérature, en arts ou en cinéma, les productions féminines se situent dans un champ para-artistique : les femmes « ouvrent la voie », elles montrent un « domaine nouveau », mais semblent ne pas remettre en question, comme c’est le cas pour les hommes, les conventions esthétiques et les idéologies du champ culturel − exception faite des productions à saveur féministe qui, elles aussi, sont considérées « à part ».
Réunissant des chercheurs émergents et établis, ce colloque propose d’interroger l’avant-garde de manière théorique et méthodologique en ce qu’elle constitue un système de représentations des genres sexués. Au-delà d’études monographiques, ce sera l’occasion de poser un regard critique sur l’état du discours universitaire sur les pratiques culturelles des mouvements sociaux et politiques, tant historiques que contemporains. Comment se construit un mouvement avant-gardiste dans sa réception critique? Quelle place cette réception fait-elle à la différence sexuelle? L’histoire doit-elle réinterpréter les « mouvements féminins » isolés, non plus comme des productions féministes mais comme parties prenantes d’une avant-garde mixte?
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