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Dany Lavigne : Cégep de Lanaudière
Un des objectifs des cours de philosophie au collégial est la transmission de la culture. On s'attend à ce qu'au terme de sa formation philosophique, l'étudiant puisse rendre compte « [d]es thèmes, des œuvres et des courants majeurs de la culture philosophique issus d'époques différentes ». Connaissances qui doivent pouvoir être appliquées « à des problèmes philosophiques et à l'analyse de situations actuelles ». Or, cette culture philosophique enseignée au cégep doit-elle comprendre des œuvres québécoises? Bien que les devis ministériels ne le précisent pas, nous pensons que oui. Nous discuterons d'abord un contre-argument à notre thèse, soit qu'il existerait des philosophes plus importants à aborder que les philosophes d'ici. « Pourquoi étudier Normand Baillargeon quand on peut étudier Platon? », diront nos adversaires. Par la suite, nous parlerons de notre expérience fructueuse de l'enseignement de la philosophie québécoise. Nous montrerons comment celle-ci peut alimenter la réflexion des cégépiens sur des questions qui les touchent, avec l'exemple de notre cours sur la dignité dans la perspective de Thomas De Koninck. Enfin, nous conclurons par un plaidoyer en faveur d'un cours de philosophie québécoise obligatoire au collégial qui contribuerait notamment à fournir aux jeunes un vocabulaire et des référents communs.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.