Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Yue Yue : Université de Bretagne-Occidentale
Est –il possible de choisir un roman tibétain, certes récompensé par un prix littéraire très prestigieux, mais traitant de sexualité, comme lecture proposée à l'intention des lyciens chinois? A la fin du siècle dernier en Chine, cette question est la cause principale d'un débat national dans le domaine éducatif. L'ouvrage en question est le roman intitulé (Chen‘ai luoding/Fixation des poussières). Une des particularités de ce roman est de traiter la sexualité d'une manière directe, aussi abondante que poétique. Cet ouvrage aborde la question du sexe, en explorant la vie intime et sentimentale ; cette démarche est une singularité de la littérature tibétaine d'expression chinoise à la fin du siècle dernier. Comparée aux autres littératures d'expression chinoise, la littérature tibétaine sinophone joue un rôle d'avant-garde dans la description du sexe. Elle se positionne à l'avant-garde, grâce aux nombreux des auteurs et des nombreuses œuvres évoquant la sexualité dans un lieu colonisé, avec un lexique et des symboles spécifiques. Sous la plume des auteurs avant-gardistes tibétains d'expression sinophone, le sexe devient un axe central du conflit politique et social. Etudiés sous différents angles, la sexualité ne se résume pas à une question d'orgasme, elle est un acte de revendication. Notre travail analysera les singularités de l'avant-garde tibétaine littéraire d'expression chinoise sur le sexe.
L’avant-garde a-t-elle un sexe? Si nous pensons qu’il dépasse en théorie les catégories de genre, le concept d’avant-garde reste le plus souvent associé à un imaginaire masculin dans la culture visuelle et littéraire. Centrée sur la figuration, métaphorique ou non, d’une posture empruntant beaucoup aux origines militaires du concept, l’écriture de l’histoire des pratiques culturelles et de l’offensive intellectuelle de l’avant-garde reste entachée d’une « virilité originelle », tandis que l’on investit la posture féminine d’une dimension exploratoire sentimentale et intime, même lorsqu’elle se positionne volontairement dans l’espace public. Ceci n’est pas sans reproduire des clichés en vogue depuis le 19e siècle qui voudraient cantonner le féminin à l’affectif et le masculin au politique. En outre, dans le discours historique en littérature, en arts ou en cinéma, les productions féminines se situent dans un champ para-artistique : les femmes « ouvrent la voie », elles montrent un « domaine nouveau », mais semblent ne pas remettre en question, comme c’est le cas pour les hommes, les conventions esthétiques et les idéologies du champ culturel − exception faite des productions à saveur féministe qui, elles aussi, sont considérées « à part ».
Réunissant des chercheurs émergents et établis, ce colloque propose d’interroger l’avant-garde de manière théorique et méthodologique en ce qu’elle constitue un système de représentations des genres sexués. Au-delà d’études monographiques, ce sera l’occasion de poser un regard critique sur l’état du discours universitaire sur les pratiques culturelles des mouvements sociaux et politiques, tant historiques que contemporains. Comment se construit un mouvement avant-gardiste dans sa réception critique? Quelle place cette réception fait-elle à la différence sexuelle? L’histoire doit-elle réinterpréter les « mouvements féminins » isolés, non plus comme des productions féministes mais comme parties prenantes d’une avant-garde mixte?
Titre du colloque :
Thème du colloque :