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Olivier Lecomte : Université de Sherbrooke
La critique souvent adressée à Marcel Gauchet est de décrire les phénomènes actuels sans y apporter la moindre solution. On lui reproche de porter un diagnostic sévèrement pessimiste envers l'avenir politique sans pour autant y chercher une voie alternative. Gauchet s'est attardé à la crise actuelle de la démocratie libérale qui se retrouve maintenant incapable de prendre en charge l'orientation collective de nos sociétés. Il a eu, selon lui, éclipse totale de la dimension du pouvoir collectif au profit d'une politique fondée essentiellement sur les principes des droits de l'homme. S'il n'apporte aucune solution clairement établie à cette crise, comme nombre de ses lecteurs l'auraient souhaité, il en laisse néanmoins des pistes considérables et particulièrement novatrices afin d'appréhender un avenir démocratique. Si certains lecteurs persistent à croire que Gauchet est pessimiste à l'égard de l'avenir, c'est que ce dernier affirme que l'action politique est relativement impuissante face à l'ampleur de la crise actuelle. Or, la réponse à ce problème ne trouve pas ses fondements dans l'action politique, mais dans le domaine psychosociologique. Il faudra donc relire l'article de Gauchet intitulé « Essai de psychologie contemporaine I » dans une optique politique afin de voir quelle est la solution possible aux enjeux démocratiques actuels.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.