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Adrien Rannaud : University of Toronto
Pendant l'entre-deux-guerres, les femmes investissent massivement le champ littéraire canadien-français, notamment par la poésie. Légitimées par leurs pairs et par l'institution, Simone Routier, Alice Lemieux, Jovette-Alice Bernier, Éva Senécal entre autres occupent une position centrale dans la vie littéraire de l'époque et ouvrent « un domaine nouveau à la littérature québécoise » (Lemire, 1981) : le champ de l'amour. Pourtant, ces écrivaines ont quelque peu été oubliées par le récit historique. Et si cette génération littéraire de jeunes femmes bénéficie actuellement d'un regain d'intérêt de la part de la recherche en histoire littéraire et en études féministes, il n'en reste pas moins difficile de se délester d'une appellation qui confine leur production littéraire à une marge historique : le néoromantisme féminin. Ma communication souhaite questionner les malaises théoriques apparents que pose le néoromantisme féminin dans la production d'un discours historique. Quels sont les éléments qui justifient l'existence discursive d'un mouvement littéraire féminin en apparence uniquement tourné vers l'amour ? Comment peut-on réinterpréter les écrivaines et les œuvres de cette époque en regard des problématiques masculines qui leur sont contemporaines ?
L’avant-garde a-t-elle un sexe? Si nous pensons qu’il dépasse en théorie les catégories de genre, le concept d’avant-garde reste le plus souvent associé à un imaginaire masculin dans la culture visuelle et littéraire. Centrée sur la figuration, métaphorique ou non, d’une posture empruntant beaucoup aux origines militaires du concept, l’écriture de l’histoire des pratiques culturelles et de l’offensive intellectuelle de l’avant-garde reste entachée d’une « virilité originelle », tandis que l’on investit la posture féminine d’une dimension exploratoire sentimentale et intime, même lorsqu’elle se positionne volontairement dans l’espace public. Ceci n’est pas sans reproduire des clichés en vogue depuis le 19e siècle qui voudraient cantonner le féminin à l’affectif et le masculin au politique. En outre, dans le discours historique en littérature, en arts ou en cinéma, les productions féminines se situent dans un champ para-artistique : les femmes « ouvrent la voie », elles montrent un « domaine nouveau », mais semblent ne pas remettre en question, comme c’est le cas pour les hommes, les conventions esthétiques et les idéologies du champ culturel − exception faite des productions à saveur féministe qui, elles aussi, sont considérées « à part ».
Réunissant des chercheurs émergents et établis, ce colloque propose d’interroger l’avant-garde de manière théorique et méthodologique en ce qu’elle constitue un système de représentations des genres sexués. Au-delà d’études monographiques, ce sera l’occasion de poser un regard critique sur l’état du discours universitaire sur les pratiques culturelles des mouvements sociaux et politiques, tant historiques que contemporains. Comment se construit un mouvement avant-gardiste dans sa réception critique? Quelle place cette réception fait-elle à la différence sexuelle? L’histoire doit-elle réinterpréter les « mouvements féminins » isolés, non plus comme des productions féministes mais comme parties prenantes d’une avant-garde mixte?
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